Le blog de Victoire


4/06/'17

vivre avec un homme de radio

Je l’entends qui, là-haut, pianote des phrases sur l’écran tout en les chuchotant. Parfois il y a un mot qui se hisse par-delà la mezzanine, mais j’ai depuis longtemps cessé de supposer. Je ne demande déjà plus si c’est à moi qu’il parle, je sais que viendra l’heure. Elle vient : je peux te lire, il me demande alors que je l’ai déjà rejoint à l’étage. Je m’allonge sur le tapis, toujours, la tête déposée dans mes mains croisées, toujours les yeux fermés derrière sa nuque et son dos raide sur la chaise de bureau. Je ne vois pas son visage et c’est tant mieux : c’est un autre lui, avec une autre voix, aux inflexions savantes et mélodiques, qui me surprennent toujours et que j’admire, moi qui ne sais parler qu’à l’horizontale. Je sais que pour lui-même il opine, lève les sourcils, parfois sourit. Je le reconnais comme ils –  ces autres eux – connaissent cet autre lui, et qui, chaque semaine, joignent la même fréquence que nous.

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27/05/'17

la canicule

Luxe de la canicule dans les villes d’ordinaire macérées dans la pluie : toutes fenêtres ouvertes, des rideaux de dentelle jaunie qui débordent des façades, chatouillent les passants et laissent entrevoir, aux intervalles du vent, l’intérieur des gens. On paresse, beaucoup, on s’habille nus, très, on écoute de la bossa nova, fort, on avale de la viande braisée, trop, les enfants prennent leur bain du soir dans la fontaine chlorée du rond-point. Les chats dorment sur le dos, les humains aussi, au plus loin les uns des autres, au plus loin. La chaleur et ses mirages qui abrogent la solitude.

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2/05/'17

À Tanger entre les avions, le ronron de dizaines de valises sur le tarmac. Pour les passagers comme pour les autres, pas d’intermédiaire entre les airs et l’air. Un petit garçon qui ressemble à une petite fille nous attend à minuit, menton sur les genoux sur le siège avant du taxi. À Tanger c’est la guerre des chats errants passé minuit. Et aussi la cavale des enfants, toujours de nuit. Et les crêpes aux mille trous sur la langue, et les pompons de laine sur la tête des paysannes du Rif. À Tanger on touche l’Espagne du bord des yeux et il faut grimper pour trouver la Kasbah. Essoufflés toujours, dans la rue verticale bordée d’orangers. À Tanger il y a cette impasse bleue dans laquelle on n’est pas encore passé. On y manque de gober les abeilles engluées dans leur miel et on s’y frappe la poitrine pour se saluer. À Tanger il existe des jungles privées. Et on se baigne dans le petit Socco qui sent bon le poisson frais et le vent chaud.

À Tanger mens-moi tant que tu racontes bien et tends-moi une main habitée comme celle de Fatma.

 

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14/04/'17

il fait moins moins froid chez toi




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1/04/'17

& elle chante

Je me laisse descendre, moi statique sur l’escalier mécanique, il y a des gens devant et derrière moi qui descendent également. Elle aussi est statique, montée juste ma gauche et seule de son côté qui monte, et elle chante.

Elle a cette voix-flûte longue et humide, elle chante et regarde devant ; un chant arabe, une psalmodie qui oscille sans hésiter jamais. Je regrette toute l’après-midi de ne pas l’avoir suivie.

ou alors

Le haut est tellement bas qu’on en oublie de se souhaiter l’équinoxe, c’est en prenant l’avion et en grimpant par-delà les épaisseurs que j’ai pu me dire ça y est c’est bon nous sommes passés à la saison des éclosions.

ou alors

Être quelqu’un dans la foule. En général ce fait n’existe que grâce au regard, jamais déviant, d’une seule personne.

ou alors

Cette façon qu’il a de ne jamais me laisser seule, avec ses longs cils qui battent l’air à mesure que son attention passe brièvement de mon visage à sa main qui beurre le pain.

ou alors

J’ai beaucoup trop de phrases, des phrases pour tout, rien qui sur l’instant ne soit pas une phrase. Le mutisme pourtant quand il s’agit de faire des phrases sur mes phrases. Et si l’imposture était là ?

ou alors

J’ai frotté en avril sur mes baskets bleues du sable blanc qui datait de janvier.

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