Le blog de Victoire


27/05/'17

la canicule

Luxe de la canicule dans les villes d’ordinaire macérées dans la pluie : toutes fenêtres ouvertes, des rideaux de dentelle jaunie qui débordent des façades, chatouillent les passants et laissent entrevoir, aux intervalles du vent, l’intérieur des gens. On paresse, beaucoup, on s’habille nus, très, on écoute de la bossa nova, fort, on avale de la viande braisée, trop, les enfants prennent leur bain du soir dans la fontaine chlorée du rond-point. Les chats dorment sur le dos, les humains aussi, au plus loin les uns des autres, au plus loin. La chaleur et ses mirages qui abrogent la solitude.

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2/05/'17

À Tanger entre les avions, le ronron de dizaines de valises sur le tarmac. Pour les passagers comme pour les autres, pas d’intermédiaire entre les airs et l’air. Un petit garçon qui ressemble à une petite fille nous attend à minuit, menton sur les genoux sur le siège avant du taxi. À Tanger c’est la guerre des chats errants passé minuit. Et aussi la cavale des enfants, toujours de nuit. Et les crêpes aux mille trous sur la langue, et les pompons de laine sur la tête des paysannes du Rif. À Tanger on touche l’Espagne du bord des yeux et il faut grimper pour trouver la Kasbah. Essoufflés toujours, dans la rue verticale bordée d’orangers. À Tanger il y a cette impasse bleue dans laquelle on n’est pas encore passé. On y manque de gober les abeilles engluées dans leur miel et on s’y frappe la poitrine pour se saluer. À Tanger il existe des jungles privées. Et on se baigne dans le petit Socco qui sent bon le poisson frais et le vent chaud.

À Tanger mens-moi tant que tu racontes bien et tends-moi une main habitée comme celle de Fatma.

 

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14/04/'17

il fait moins moins froid chez toi




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1/04/'17

& elle chante

Je me laisse descendre, moi statique sur l’escalier mécanique, il y a des gens devant et derrière moi qui descendent également. Elle aussi est statique, montée juste ma gauche et seule de son côté qui monte, et elle chante.

Elle a cette voix-flûte longue et humide, elle chante et regarde devant ; un chant arabe, une psalmodie qui oscille sans hésiter jamais. Je regrette toute l’après-midi de ne pas l’avoir suivie.

ou alors

Le haut est tellement bas qu’on en oublie de se souhaiter l’équinoxe, c’est en prenant l’avion et en grimpant par-delà les épaisseurs que j’ai pu me dire ça y est c’est bon nous sommes passés à la saison des éclosions.

ou alors

Être quelqu’un dans la foule. En général ce fait n’existe que grâce au regard, jamais déviant, d’une seule personne.

ou alors

Cette façon qu’il a de ne jamais me laisser seule, avec ses longs cils qui battent l’air à mesure que son attention passe brièvement de mon visage à sa main qui beurre le pain.

ou alors

J’ai beaucoup trop de phrases, des phrases pour tout, rien qui sur l’instant ne soit pas une phrase. Le mutisme pourtant quand il s’agit de faire des phrases sur mes phrases. Et si l’imposture était là ?

ou alors

J’ai frotté en avril sur mes baskets bleues du sable blanc qui datait de janvier.

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15/03/'17

Berlin, printemps

Je voudrais jouir de notre lieu et j’en jouis pourtant, accroupie devant les rideaux à découper sans bien suivre les lignes des danseuses de ballet dans les journaux,

balancée par sa voix de radio cachée derrière sa nuque,

je repense aux costumes d’hier soir, aux jupons et pantalons distribués aléatoirement aux filles et aux garçons,

je voudrais jouir de notre lieu et j’en jouis pourtant

mais la lumière me fait coller ventre et front aux vitres froides,

j’ai là la peau diaphane qui s’en va flétrir dans l’appartement.

Je suis une algue d’extérieur.

Je ne regarde pas l’arbre je regarde l’ombre de l’arbre sur le mur.

J’ai le nez sur ma montre pour la lumière

moi qui ne porte pas de montre je songe il ne nous reste que x heures pour la lumière.

Dehors les oiseaux chantent mais seulement deux notes, deux fois l’une puis l’autre, si – si – la je crois – tu ne vois pas ? Écoute : ti ti tu – ti ti tu. C’est mieux comme ça ?

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