Le blog de Victoire


1/08/'17

j’en ai marre de mourir

« J’en ai marre de mourir ! » – c’est crié depuis le canapé, furieusement et de mauvaise foi, la voix sanglée entre deux quintes de toux. Dans le même canapé, c’est la douzième sieste de l’été. Je regarde le plafond en songeant à cette phrase qui doit jaillir ou se contenir dans tant de gorges pour tant de motifs opposés.

Je pense à l’organe de la jeune pie qui battait plus vite quand elle consentait à plonger son bec dans le bol d’eau qui lui était tendu. A sa longue patte brisée qu’elle traînait derrière elle comme un petit bâton. Et à ses ailes noires-bleues-vertes qui n’avaient rien appris. On était trois à la regarder fixement respirer de plus en plus lentement. Il était déjà tard. Quand elle s’est finalement laissée tomber sur le côté, on a pensé qu’elle s’en irait avec la nuit. Le lendemain matin le morceau de pain avait été mangé, le carton souillé puis déserté. La jeune pie était plus loin, paniquée la tête en bas, agrippée par les ronces. On avait été chercher des ciseaux et on l’avait sauvée une nouvelle fois. Deux jours plus tard, il y avait eu un chat.

 

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15/07/'17

brève première de cet été

Sur une route tournicotante, de nuit. Sur les sièges arrières, dans une voiture sans toit ni fenêtre. Il fait une température de midi. J’ai la tête appuyée sur ses cuisses chaudes, et les jambes étendues qui dépassent de la carrosserie, et des feuilles qui tantôt me chatouillent les pieds, et des mèches de cheveux qui me strient de bandes dorées le ciel noir, qu’il dégage de ses mains, chaudes elles aussi. Nostalgie France passe toujours les mêmes rengaines. Celle-ci nous fait hurler comme quatre loups. De ce que je vois : des branches comme des bras, floutées à cause de la vitesse, et Orion, et Persée, nettes et vives à la course comme à l’arrêt.

 

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21/06/'17

luxe de canicule, encore

J’aime bien voir dans les salles de bains, vite ôtés pour être renfilés le plus tard possible, ces minuscules petits tas de vêtements, qui chiffonnés tiennent entiers dans la paume d’une main. Etre au plus nus, tous, tous corps confondus. Au plus nus tous ces corps fondus qui s’éventent comme ils peuvent avec les nouvelles ou les encarts publicitaires. Qu’ils ne lisent pas, dont ils ne parlent pas, puisqu’il y a la chaleur à dire, avant tout, avant le reste. Comme si à dire le chaud à l’autre on pouvait se délester de quelques degrés. Et les nuits sans les nuits. Et les maisons sans dedans. Les fenêtres ouvertes H24, et alors les moteurs, dans les maisons, et aussi les odeurs, les conversations.

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4/06/'17

vivre avec un homme de radio

Je l’entends qui, là-haut, pianote des phrases sur l’écran tout en les chuchotant. Parfois il y a un mot qui se hisse par-delà la mezzanine, mais j’ai depuis longtemps cessé de supposer. Je ne demande déjà plus si c’est à moi qu’il parle, je sais que viendra l’heure. Elle vient : je peux te lire, il me demande alors que je l’ai déjà rejoint à l’étage. Je m’allonge sur le tapis, toujours, la tête déposée dans mes mains croisées, toujours les yeux fermés derrière sa nuque et son dos raide sur la chaise de bureau. Je ne vois pas son visage et c’est tant mieux : c’est un autre lui, avec une autre voix, aux inflexions savantes et mélodiques, qui me surprennent toujours et que j’admire, moi qui ne sais parler qu’à l’horizontale. Je sais que pour lui-même il opine, lève les sourcils, parfois sourit. Je le reconnais comme ils –  ces autres eux – connaissent cet autre lui, et qui, chaque semaine, joignent la même fréquence que nous.

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27/05/'17

la canicule

Luxe de la canicule dans les villes d’ordinaire macérées dans la pluie : toutes fenêtres ouvertes, des rideaux de dentelle jaunie qui débordent des façades, chatouillent les passants et laissent entrevoir, aux intervalles du vent, l’intérieur des gens. On paresse, beaucoup, on s’habille nus, très, on écoute de la bossa nova, fort, on avale de la viande braisée, trop, les enfants prennent leur bain du soir dans la fontaine chlorée du rond-point. Les chats dorment sur le dos, les humains aussi, au plus loin les uns des autres, au plus loin. La chaleur et ses mirages qui abrogent la solitude.

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