Le blog de Victoire


13/09/'17

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Dans le vingt-neuf, tout à l’heure, une jeune fille épouillait les bouloches de son pull de laine bleue, seulement les bouloches rassemblées sur son ventre rond d’au moins huit mois, comme s’il fallait le faire beau, ce ventre, le faire net, ce ventre, ce bunker dans un bus plein, et j’ai trouvé ça beau.

Dans le vingt-neuf, tout à l’heure, une dame en robe à fleurs tenait comme tiré derrière elle un grand sac poubelle transparent, et à l’intérieur du grand sac poubelle transparent se superposaient des culottes à fleurs, des t-shirts à fleurs, des chemisiers à fleurs, des pantalons à fleurs, du vrai linge sale ou bien juste propre de monomane, et j’ai trouvé ça beau.

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11/08/'17

brève seconde de cet été

Elle sursaute en apercevant ma silhouette, attrape d’instinct la poignée puis tout de suite après soupire, soulagée. Ah, c’est toi, elle me dit. Elle a la serviette de douche mal nouée autour du corps. Il faut dire que ce qui nous lie tient les portes ouvertes. Que nous nous connaissons tant que nous nous voyons nues, même en vêtements. L’été. Et l’enfant qui, faute de pouvoir prononcer Victoire, me renomme ainsi : Histoire. Histoire, viens jouer avec moi. L’été. Et dans la mer ses longs cils agglomérés par le sel. L’été. Et puisque par principe on se refuse à la laine, et puisque par principe on se refuse au poêle, les réunions, en chansons, autour de ce qu’il peut rester des braises du dîner.

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1/08/'17

j’en ai marre de mourir

« J’en ai marre de mourir ! » – c’est crié depuis le canapé, furieusement et de mauvaise foi, la voix sanglée entre deux quintes de toux. Dans le même canapé, c’est la douzième sieste de l’été. Je regarde le plafond en songeant à cette phrase qui doit jaillir ou se contenir dans tant de gorges pour tant de motifs opposés.

Je pense à l’organe de la jeune pie qui battait plus vite quand elle consentait à plonger son bec dans le bol d’eau qui lui était tendu. A sa longue patte brisée qu’elle traînait derrière elle comme un petit bâton. Et à ses ailes noires-bleues-vertes qui n’avaient rien appris. On était trois à la regarder fixement respirer de plus en plus lentement. Il était déjà tard. Quand elle s’est finalement laissée tomber sur le côté, on a pensé qu’elle s’en irait avec la nuit. Le lendemain matin le morceau de pain avait été mangé, le carton souillé puis déserté. La jeune pie était plus loin, paniquée la tête en bas, agrippée par les ronces. On avait été chercher des ciseaux et on l’avait sauvée une nouvelle fois. Deux jours plus tard, il y avait eu un chat.

 

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15/07/'17

brève première de cet été

Sur une route tournicotante, de nuit. Sur les sièges arrières, dans une voiture sans toit ni fenêtre. Il fait une température de midi. J’ai la tête appuyée sur ses cuisses chaudes, et les jambes étendues qui dépassent de la carrosserie, et des feuilles qui tantôt me chatouillent les pieds, et des mèches de cheveux qui me strient de bandes dorées le ciel noir, qu’il dégage de ses mains, chaudes elles aussi. Nostalgie France passe toujours les mêmes rengaines. Celle-ci nous fait hurler comme quatre loups. De ce que je vois : des branches comme des bras, floutées à cause de la vitesse, et Orion, et Persée, nettes et vives à la course comme à l’arrêt.

 

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21/06/'17

luxe de canicule, encore

J’aime bien voir dans les salles de bains, vite ôtés pour être renfilés le plus tard possible, ces minuscules petits tas de vêtements, qui chiffonnés tiennent entiers dans la paume d’une main. Etre au plus nus, tous, tous corps confondus. Au plus nus tous ces corps fondus qui s’éventent comme ils peuvent avec les nouvelles ou les encarts publicitaires. Qu’ils ne lisent pas, dont ils ne parlent pas, puisqu’il y a la chaleur à dire, avant tout, avant le reste. Comme si à dire le chaud à l’autre on pouvait se délester de quelques degrés. Et les nuits sans les nuits. Et les maisons sans dedans. Les fenêtres ouvertes H24, et alors les moteurs, dans les maisons, et aussi les odeurs, les conversations.

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