Le blog de Victoire


13/08/'19

tigrer

Sans doute m’éveilles-tu chaque nuit à dessein, avec une régularité qui me ressemble et qui, peut-être, te ressemble aussi. Une quarantaine de jours avant ton arrivée et j’assiste, jusque là désarmée et vaguement excédée, à chaque matin qui pointe. Je me disais : peut-être m’encourages-tu, faisant trinquer tes os avec mes côtes à ces heures précises, à dénombrer, comparer, honorer chaque aube qui nous éloigne de ton arrivée. Un exercice d’aurore, alors.

Commençons par celle d’aujourd’hui : j’ai ouvert la fenêtre pour faire entrer un air résolument froid ; je dis résolu parce qu’il fait au moins tiède depuis des mois. C’est l’orage qui, hier soir, a tranché le paysage, le tigrant de lumières si vives qu’on pouvait les voir même paupières closes ou dos tourné. J’ai pensé qu’une saison venait mordiller l’autre, ça m’a réconfortée : c’est que tu arrives, que la tienne commence à prendre le pas. J’ai, comme chaque fin de nuit et début de jour, sorti mes ruses contre l’insomnie. La plus constante, c’est celle-ci : main sur l’oreiller, je dépose ma joue gauche dans ma paume. C’était une parade de mon père, quand j’étais très petite et que les soirées s’éternisaient, quand la venue de la nuit, justement, tardait. Il posait le dos de sa main sur la table à manger, chez des gens ou au restaurant, et j’y enfouissais mon visage en entier. Nos peaux devaient se tenir chaud, je m’endormais comme ça. L’habitude ne me revient que depuis que tu es là.

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