Le blog de Victoire


23/07/'19

t’attendre m’attrape

T’attendre m’attrape comme mille rafales, mille secousses à dents pointues, mille mouvements paradoxaux dans un corps pourtant forcé à la presque immobilité. J’avais fantasmé un calme plein, une volupté, un temps bien mis à parti puisque limité, une efficacité douce, une période féconde, des coutures flambant neuves et d’autres renforcées. Je voulais pour toi des premiers murs infaillibles et flexibles à la fois, toujours droits mais modulables à la seule initiative de tes mouvements à toi. Ces moments existent : quand nous posons nos quatre mains sur toi, quand ton père dit bonjour mon garçon et m’embrasse le ventre malgré que je lui dise que ça me démange, quand je te retrouve, parce que tu es grand, à trois lieux différents de moi. Quand je réalise qu’une odeur particulière flotte déjà dans ta chambre, quand les aimés s’adressent à toi en se présentant à chaque fois, espérant que plus tard tu reconnaisses leur voix.

Je n’aurai pourtant jamais senti aussi fort la solitude, l’individualité absolue de chacun que lors de ces quelques mois passés absolument à deux, à trois. Jamais il ne m’aura semblé être aussi seule – c’est bête, c’est connu et c’est flagrant – seule à devoir, à pouvoir me tirer les pieds des gravats. Peut-être est-ce la conscience de te déposer bientôt dans ce monde-là, où chacun autour de toi sera bien forcé, fondamentalement, d’avoir les yeux tournés vers soi. Je sais en même temps que nous t’accompagnerons farouchement, que tu ne seras pas un puisque nous serons trois, que nous le sommes déjà. Que tu as choisi comme père le plus bienfaisant des garçons, le plus aimant, un tout-le-temps chantant, qui déjà te tient contre lui sans jamais omettre qu’il y a aussi moi dans ses bras. Que tu m’as choisie comme mère, que tu dois en connaître les raisons, qu’elles doivent être les meilleures, que tu saisis déjà ce que je ne comprends pas.

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