Le blog de Victoire


2/11/'18

Jordanie

D’un pays aux montagnes baveuses, dégoulinantes comme de cire séchée ou alors dentelées, informes et hautes aux flancs dorés, aux parois comme des peaux, avec des stries, des rides et des pans rougissants. D’un pays au vent permanent, qui fait se hérisser chaque poil et fait petits paquets des cheveux fins, d’un pays au parfum beige, à l’odeur de lait et de sable chauds. D’un pays aux chats et aux chiens blonds, queues raccourcies ou tirebouchonnées, qui se jettent sous les roues des voyageurs qui eux vont droit, sans slalomer, jamais. D’un pays aux chèvres dans les arbres et aux déchets jetés par les fenêtres dans un désert qui semble tout permettre parce qu’il est grand, qu’il est encore un peu grand. D’un pays aux quatre ou cinq routes seulement, aux noms de destinations tant imprécises qu’infinies, desert highway, jordan valley highway, dead sea highway. D’un pays à la sauge et au romarin à boire et à manger, aux étoiles filantes à dix-sept heures comme le cortège d’un drap tiré franchement sur le jour. D’un pays au sel concentré dans une eau rare dans laquelle, lorsqu’on y entre, tout ce qui était lourd devient léger, tout ce qui était blessé se met à crier. D’un pays au oud et au chant, où chacun chante qu’importe la voix, qu’importe son timbre ou sa valeur innée du moment qu’elle puisse fluctuer, d’un pays où l’harmonie revient à chacun, où any voice will be okay.

Partager sur Facebook, Twitter & catégorie(s) : Non classé

0

Laisser un commentaire