Le blog de Victoire


12/04/'18

le manteau ouzbèke

dans cette image, des informations
mon premier autoportrait sur pellicule, raté mais qui me ravit, pour ce qu’il m’ouvre comme fenêtre neuve,
le carrelage doré de la salle de bain de la chambre 410, le même que dans chacune des chambres de l’hôtel, toutes semblables, toutes quelconques, toutes confortables, aux mêmes draps tirés sur des lits trop grands et, dessous les chambres, le restaurant
où les hommes d’affaires dînent en regardant le vide fixement et moi
qui dîne en les regardant eux, qui pourrais trouver ça sordide mais qui me réjouis,
de ce silence, ce caractère impersonnel, de choisir ma table, de décorer ma chambre
avec rien,
et puis ce manteau ouzbèke, trouvé pour quelques roubles au marché d’Izmaïlovo,
ce seul jour de vent sibérien où je cherchais des trésors
en les voyant flous parce que je pleurais
et puis ce manteau, donc, déposé sur une pile de tapis,
que j’ai désigné avec ma main mauve,
la tête de la marchande hochée à la négative, big, big, trop grand,
un autre manteau proposé, plus petit, plus ajusté,
mais non, celui-là, le coloré,
ma main mauve insiste, je veux celui-là, ouzbèke,
qui sent la crasse et le froid,
avec les revers à fleurs au niveau des manches,
on dirait la parure d’un lit
qui serait mon dos

 

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