Le blog de Victoire


4/02/'18

dire voir toucher

Dans le bus vingt-neuf, ce couple de jeunes filles qui, entre deux baisers, discutent sans discontinuer. Chacune est sourde, ou muette, ou les deux. J’essaie de faire l’inventaire des gestes et de leurs variations, j’observe comme les mains coupent, tournent, indiquent, cognent, comme les doigts pianotent dans l’air ou sur un poignet, sur une joue, un front, un nez. A ce que raconte l’une, l’autre opine et acquiesce, continuellement. Ce ne sont pas les mains de l’autre qu’elles fixent, pourtant, je vois bien la ligne d’horizon qui relie leurs yeux à toutes les deux. Je devine que ce qui se joue autour doit être un décor estompé, du mouvement qui joue l’indice, mais que la condition de la conversation se trouve ailleurs, et qu’elle est sine qua non : pour pouvoir s’entendre, ne jamais cesser de se regarder. Et si l’autre devait se perdre dans le paysage, s’il fallait ramener l’autre à soi, à la conversation, une autre condition : se toucher.

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