Le blog de Victoire


26/01/'18

depuis les îles sous le vent

Ici, le soleil a des dents. Dès le lever, immédiatement : gueule ouverte, à ronger consciencieusement même les cuirs les plus aguerris. Ici, mon lit est un landau et la mer est la mère, qui me balance de la gauche à la droite et de la droite à la gauche, chaque nuit, lentement. On ne peut pas se remettre des palmiers poussés à l’horizontale, cramponnés sur les flancs des montagnes, toutes racines dehors. Ni des nuages déposés comme des assiettes d’équilibriste sur les sommets. Ici on rince les enfants et les 4×4 d’un même jet d’eau. Ici les poissons sont travaillés jusqu’à la perfection. Ici pas de sable, et sous nos pieds recroquevillés, c’est une sorte de plage toute faite de tonne de coraux secs et blancs. Aux plafonds des églises, quand même, des lustres de coquillages. Il y a partout des lézards dorés et des animaux minuscules nourris aux fruits. Ici on n’a qu’à tendre le bras pour la mangue mûre ou le précieux de l’arbre à pain. Du lait de coco servi en pichet, pour arroser les plats. Mais ici plus encore qu’ailleurs, il me semble, l’import déforme les corps. Qui se nourrissent aux boissons américaines. Qui ondulent pourtant, les hanches désolidarisées du ventre. Des fleurs à glisser derrière l’oreille, chaque jour. De tiaré, de bougainvilliers. Un accent inimitable, qui s’enroule sur lui-même. Des symboles maoris sur chaque bras, chaque jambe, ou presque. Et la chlorophylle qui s’insinue partout, évidemment, rendant vert ce qui ne l’est pas, rose ce qui ne l’est pas, toujours inefficace face à l’imperturbable bleu.

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