Le blog de Victoire


27/12/'17

au suivant

Nous avons ce calendrier accroché à la porte du frigo.

Un calendrier avec des pages qui volettent à chaque volonté d’attraper une denrée, faisant défiler les mois dans l’ordre ou à rebours. Rappelant tout ce qui attend mais surtout ce qui déjà, enfin, est passé, est conclu. Je dis enfin parce que j’applique, chaque soir, un rituel dont je tire une jouissance presque inquiétante : j’attrape un stylo et je raye, maladroitement, la case du jour terminé. La ligne que j’y trace n’est pas droite, elle a l’air d’hésiter à rejoindre le coin opposé à celui d’où elle s’en est allée, puis y parvient, enfin, oui, débordant même, souvent, de la case attitrée. Toujours je recapuchonne le stylo avec satisfaction, et ce vague sourire duquel seul mon frigo pourrait témoigner.

D’où me vient-il, ce soulagement d’un nouveau jour blanc passé au noir ? De quoi, de qui ai-je l’impression de m’éloigner, ou de me rapprocher ?

La survivance, je me dis. Encore un jour qui n’aura pas eu ma peau (ou alors pas tout à fait, pas entièrement). Encore un jour où cette façon involontaire de vivre et de voir au millimètre aura eu raison sans avoir eu raison de moi.

Un jour de gagné sur cette interminable guerre à crier l’innocence, son innocence à soi, à ceux qui – pourtant on y croyait –  savaient. Mais ne savent plus, ou n’ont jamais su. Et l’innocence des autres, un jour à la crier aussi.  Un jour à survivre aux départs et même, je le dis franchement, à certaines arrivées. Encore un jour de gagné à danser comme des sioux autour de la table à manger. Ou alors un jour de plus à se délester goutte à goutte – ploc, ploc, ploc – de ce qui charge sur et contre soi. Un jour à élever la hauteur supposée de quand on se positionne sur la pointe des pieds. Un jour de rayé et au suivant, allez.

 

 

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