Le blog de Victoire


18/11/'17

quelque part nous nous connaissons

Dans le bus vingt-neuf, depuis plusieurs fois, la même fille qui embarque au même arrêt que moi. Il y a cette transparence déchirante sous sa peau tapissée de trois ou quatre couches de poudre. Elle ne sourit pas, jamais, se tient raidie. Toujours debout, même quand elle est assise. Une ligne bien droite, du bas du haut jusqu’au sommet du crâne, un pieu métallique qu’elle cache sous son tricot pâle. Ses jambes aussi sont des tréteaux. Son sac à main, noir, verni, petit, tout serré contre son flanc, ne doit contenir que de quoi restaurer son masque. Elle a l’oeil noir. Environ seize ans de regard fixe. Elle a la bouche pleine et légèrement luisante, qui reflète les étapes de notre trajet commun. Elle a le cheveu si fin, si rigoureusement lissé qu’on voudrait le toucher ; on s’en prévient. Si on s’y laissait aller, j’en suis sûre, on se le garderait éternellement dans la main, et éteint. Je voudrais la saluer, lui dire que quelque part, nous nous connaissons, « quelque part, voyons, ici, nous nous connaissons ». Mais je crois qu’elle se fissurerait.

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