Le blog de Victoire


14/01/'17

des corps

Je veux dire, regardez-les

à marcher dans l’un dans l’autre, d’un même pas du même rythme. Dans le métro et la rue sales, dans la forêt et

entre les étals. Quand ils ne parlent pas, c’est souvent, ils causent par petites pressions dans leurs mains jointes.

Se serrent les doigts sans planter les ongles.

Et se mordent sans sortir les crocs.

Peut-être dépassent-ils une dame âgée qui clopine à leurs côtés. Peut-être la nuit tombe-t-elle à seize heures. Peut-être un gamin hurle-t-il dans la rame sans discontinuer. Peut-être fait-il froid dans la chambre. Peut-être la boulangerie est-elle justement fermée. Peut-être la couverture est-elle rêche. Peut-être les horaires ne sont-ils pas respectés. Peut-être grêle-t-il et sont-ils trempés. Peut-être l’appartement est-il occupé. Peut-être la machine a-t-elle avalé la monnaie. Peut-être les portes sont-elles fermées. Peut-être n’avaient-ils rien préparé. Peut-être finit-il par neiger.

Tout ça dehors c’est du décor.

Pas qu’ils n’entendent pas, regardez-les comme ils dressent les oreilles. Regardez-les comme ils vous regardent.

C’est autrement, vous demandez

quel âge ont-ils bon sang.

Impossible à dire, vraiment.

Leurs corps : des corps. Aussi du décor.

Il va falloir se rendre au-dedans. Ecoutez : se rendre, s’en remettre au dedans.

 

 

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