Le blog de Victoire


16/11/'16

jaune

Je ne veux pas être à côté de lui. Je ne veux pas qu’il me touche l’épaule avec ses paumes jaunes. Je ne veux pas qu’il tente de défaire le nœud du muscle en me massant l’épaule au travers de mon pull avec son pouce jaune. Mais autour est aussi jaune que lui. L’atmosphère, je veux dire, la texture de l’air. La lune est jaune qui crache son faisceau, qui déverse en larges flots sa couleur sur la forêt dans laquelle nous nous trouvons, nous aussi. Je suis jaune. Ainsi, puisque nous sommes à présent de la même teinte, pas d’or, cette teinte, pas lumineuse mais d’un jaune blafard, lunaire enfin, il me touche déjà même à se tenir à trente centimètres de moi. Nous faisons partie d’un tout. Lui, moi, la forêt aussi. Nous nous touchons l’un et l’autre, nous nous absorbons. La forêt aussi. Tous, nous sommes jaunes. La forêt, en vie avant nous déjà, avant tout ça, devient vivante comme nous humains. Il s’agit, m’explique-t-il calmement, de notre influence jaune sur la forêt. Les branches au-dessus de nos têtes s’ébrouent, se secouent, comme nous faisons nous, humains, quand on se pince le doigt, comme nous faisons nous pour évacuer la douleur, à produire du vent pour rien avec nos mains. Les arbres abattus ont les racines apparentes à travers la terre, ces souches sont des pieds coupés qui orteil après orteil se désembourbent, se désolidarisent du lichen et viennent nous cerner, lentement, un pas après l’autre. Des petites mottes de terre jaune bondissent sur leur passage. Arrivent alors des loups jaunes aux yeux jaunes. La couleur va mieux à leur pelage qu’à nos feuillages et qu’à notre peau. De toute façon les loups ont toujours raison. J’ai peur. J’ai peur et je me contracte, je me serre contre moi-même pour me faire plus étroite, les bras le long du corps et les épaules aux joues.

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