Le blog de Victoire


13/07/'16

les voyages immobiles

En théorie c’est de cette quiétude dont j’aurais besoin, de cette grande trêve dans ma campagne faite de pelouse fraîchement tondue et de crapauds contents, des halètements qui sortent par minuscules à-coups de la gueule de mes loups et des traces humides que laissent leurs truffes sur les dalles de béton, des roseaux, des rosiers, des jambes nues, des vêtements qu’on ôte un à un et qui gisent à l’envers, un à un toujours, au long du chemin. La vérité c’est qu’elle me rend nerveuse, l’immobilité, vaguement troublée par la bande-son chuchotante d’une petite brise dans les feuillages du peuplier, c’est qu’elle me rend mobile, l’immobilité, cette immobilité. Je sais qu’il y a sous le limon un monde qui grouille, une sorte de mégalopole où tout se passe, mais à moi il faut des gens à qui me frotter, à épier quand ils s’échangent des banalités, à moi il faut le bruit et les odeurs qui se superposent, s’enchainent ou se font querelles, à moi il faut le boucan, le bordel, il me faut, un pas sur le passage piéton en attendant mon tour, lever le nez vers le ciel en même temps que cet homme, échanger ensuite avec lui un air entendu et qu’il rétorque le premier ouais, ça va tomber ! La ville en plein air quoi, débordante et débordée, et seulement là je crois, dévorante et dévorée, je peux moi prétendre à l’arrêt, à l’immobilité à la terrasse d’un café. Alors qu’ici je passe mon temps à gigoter, du genre mauvaise nuit sur mauvais matelas, à me demander en culpabilisant ce que je vais pouvoir foutre de cette immobilité-là. Il fait très chaud, je pense que l’étang m’occupera, j’enlève ma culotte et j’y entre comme ça, je ne me l’étais jamais permis ni avant ni depuis lui, à cause des grandes carpes, des branchages et des orties traitres. Il avait proposé qu’on s’y jette et je n’avais pas dit non, je ne disais jamais non à rien puisqu’il avait toutes les chances, j’étais prévenue, de déguerpir le lendemain. Il y a des courants, le voilà mon mouvement, c’est froid et c’est chaud, par intermittences des courants glacials sont induits par la vase qui empoigne mes pieds jusqu’aux chevilles et m’oblige à avancer lentement. Je m’enchante deux secondes des reflets et de la sensation de l’eau trouble sur mes seins mais déjà, apathique et triomphante, c’est l’immobilité qui revient.

 

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