Le blog de Victoire


18/07/'16

qui éclatent et rebondissent autour de moi

La cohue s’amorce dès la sortie de l’escalier mécanique quand, arrivée au sommet, je pose mes deux mains sur les épaules de cet homme, lui-même immobilisé par la foule, statique et un peu démuni. Je le pousse le plus doucement possible pour éviter de buter contre son dos et de provoquer derrière moi collisions et chutes en cascade, comme des dominos. Le quai numéro douze n’est pas noir de monde, il n’est pas noir ; le quai numéro douze est chamarré, envahi de t-shirts, de shorts, de valises et de bouées bariolées. On y danse, on y chante, on y tape dans ses mains, on s’y agglutine, on se salue ou on orchestre, parce qu’on a quatorze ans et que c’est ainsi qu’on le fait à cet âge, des adieux à haute teneur dramatique : intolérables et faits d’interminables étreintes, à se confier des choses à l’oreille, à pleurer un peu et à se balancer, enlacés toujours, sur un pied puis sur l’autre. Sur le quai numéro douze, des colonies, des navetteurs, des chiens, des touristes, des citadins en mal de décor. Une sacrée foule que, l’attendant elle, j’observe en m’inquiétant. Je ne sais rien des réminiscences qu’il lui reste de cette période, elle qui, profondément je le sais, chérit l’autre pris individuellement mais pour qui, avant, le produit de l’individu ajouté à d’autres individus, la multiplication des gens dans un lieu, l’agora, la foule donc, ressemblait à s’y méprendre à une bête, à une masse épaisse et sombre, uniforme et terrifiante. Je voudrais absorber la foule, l’enterrer dans mon ventre et en porter le poids, aboyer dégagez ! ou au moins taisez-vous !, avaler la foule avant que la foule ne la dévore, elle. Un train arrive, ce n’est pas le sien. C’est celui pour la mer du Nord – si grise qu’elle puisse être c’est tout de même la mer et c’est tout de même l’été – dans lequel la foule s’engouffre, joyeusement et jouant des coudes, presque dans sa totalité. Les portes se ferment, ça fait comme le dernier son de siphon dans la baignoire, le dernier tourbillon, quand ne reste plus au fond qu’un fond d’eau : un son rond. Le quai est vidé, je suis soulagée. Le train démarre et le silence est retombé sur la gare.

Partager sur Facebook, Twitter & catégorie(s) : Non classé

0

Laisser un commentaire