Le blog de Victoire


20/07/'16

c’est tout de même la mer et c’est tout de même l’été

La mer est à cinquante mètres.

Il y a de la place mais je m’allonge sur le pan de plage strié, ondulé par les vagues, humide et déserté par les autres parce que raide comme du plancher ; le sable fait cambrer mon dos et saillir les os de mes hanches. Il y a une bande sonore – ce qu’ils peuvent courir et ce qu’ils peuvent crier – il y a cette odeur que ne porte que cette mer-là, de poissons, de couteaux et d’hectolitres de pluie, une odeur contre laquelle celle d’une crème solaire ou d’un été de quarante-huit heures ne peut rien.

La mer est à trente mètres.

Je dis toujours : pas besoin de lunettes noires pour les yeux noirs.

La mer est à dix mètres.

Je pense à elle qui, toisant les corps moitié nus des gens sur la plage, me demande incessamment : je suis comme elle, comme elle alors ? Les enfants boivent au goulot sans respirer, lapent tout l’air de la bouteille qui se tord dans un bruit de plastique à l’agonie.

La mer est à trois mètres.

Je me retourne, menton dans le sable, à plat ventre pour la traquer. Il y a au sol l’ombre de mes cheveux et celle des goélands. Si je ferme les yeux, je sais qu’elle se rapproche à la température du vent. Je rampe en arrière, comme un chat, la mer aussi est à plat ventre, plus rapide que moi. La mer est un chien de berger qui nous cerne et nous siffle pour nous rassembler, je lui laisse mon île incommode pour rejoindre la mêlée.

 

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