Le blog de Victoire


28/07/'16

au noir

Je le sais pourtant qu’elle n’a pas le moindre goût la nourriture compensatoire, celle que je porte à ma bouche avec les doigts. Je le sais pourtant mais je persévère, allez, à me bâfrer, encore une puis une autre bouchée, espérant que la suivante finira bien par sembler, allez, au moins poivrée ou acidulée. Et elle échoue aussi, la suivante, même teinte terne et fadasse sur ma langue, même inconsistance, même profonde inanité. Je le sais pourtant que dévorer avec les dents ne m’abstient jamais de l’être plein pot, dévorée au-dedans. Au-dedans parlons-en, au-dedans un trou béant, en plein dans l’estomac mais indépendant, cuirassé et imperméable, comme la bulle d’air dans l’eau qui résiste aux assauts. J’ai la peau du ventre qui tire et sur les jambes, ajoutée à la charge d’enfer du trou béant, celle d’un énième en-cas écoeurant. Je me traine et je m’en veux. Je le sais pourtant que le seul des goûts qui vaille contre le vide se trouve, jamais identique, jamais autre, dans la façon que j’ai toujours de lire les livres que je lis : le goût sec dans ma bouche d’un crayon à papier, coincé dans les crocs, pointe à l’air à portée des passages à souligner, que je tiens parfois comme une clope entre l’index et le majeur, les doigts en forme de V.

Partager sur Facebook, Twitter & catégorie(s) : Non classé

0

Laisser un commentaire