Le blog de Victoire


6/04/'16

tango tango indigo

C’est un dimanche de nuit torrentielle, j’avais prévu la baignoire et le silence. La pluie d’après chaleur vocifère contre la verrière, je reconnais au son celle-là qui s’infiltre, je sais qu’elle s’infiltrera et je suis d’accord avec ça. Je sors mes pieds de l’eau chaude pour les plonger dans l’eau glaciale du salon, prends dans mes bras, sans en garder un seul pour ma taille, toutes les réserves d’essuies de bain, de torchons, de papier. L’eau glisse goutte à goutte dans mon piano ouvert, trempé davantage l’acier de carbone trempé, la rivière gagne du terrain par le mur du fond ; seule et nue et à genoux, calmement, sans appeler qui ne viendra pas, j’éponge, je tords, j’avale la pluie.

 

Il est très beau dans son costume et, l’admirant elle qui joue en quatre temps, il respire autrement : en trois temps. Moi j’ai les yeux fermés, je suis concentrée, j’accorde le tout qui alors se joue, l’air que lui prend et, sur la scène, la grâce et le talent.

 

Je me sens en dehors de mon corps, ou alors à l’intérieur d’un corps étranger, je lui écris hier soir, recroquevillée dans mes draps blancs. Quotidiennement je lui parle, lui dis et lui montre, je formule dès lors cette phrase qui m’échappe alorslittéralement, comme m’échappe mon enveloppe apparemment.

 

Pourtant ces quelques soirs où il me parle incessamment de mes

grands

yeux

noirs

je peux admettre et voir, dans le miroir, ces grands yeux noirs.

 

Heureusement qu’il y a sur l’île des serveuses de bistrot aux cheveux roses, qu’on s’habitue à l’île plus vite qu’on ne l’esquive ensuite, heureusement j’archive et je réécoute, je prolonge l’état dans lequel nous nous sommes disposés, imbibés l’un de l’autre comme des sachets de thé.

 

Heureusement le soleil fait de ma peau du cuir, de la terre. Heureusement aux aurores il fait déjà clair. Heureusement si j’oublie tout d’un coup je me souviens, rien qu’au parfum. Heureusement quand je quémande des bleuets il m’offre des fleurs, pas des myrtilles.

 

Heureusement je prends, la nuit, les moisissures des murs pour de la toile de Jouy.  Heureusement le ventre se gonfle, les yeux s’écarquillent. Heureusement, on peut déplacer les lits. Heureusement par les fenêtres ouvertes il y a le vent tiède, de saison, pour contrecarrer les sirènes hurlantes à raison. Heureusement on peut murmurer et dehors toujours la fin du monde puisqu’il y a, dedans, début de monde justement.

 

Processed with VSCO with b1 preset

IMG_7048

Partager sur Facebook, Twitter & catégorie(s) : Non classé

0

Laisser un commentaire