Le blog de Victoire


28/03/'16

oh the wind the wind is blowing

Je suis debout dans la rame de métro, appuyée les bras croisés dans le dos, les doigts serrés autour de la barre de maintien, à regarder droit dans ses yeux qui face à moi ne faillissent pas ; on a les corps qui tanguent avec les démarrages, je fais un pas de côté, un pas de l’autre aux coups de freins, sans jamais lâcher ni la barre ni d’ailleurs son regard auxquels je me tiens bien. Nous ne renoncerons jamais il me semble à ces deux axes, l’un vertical et l’autre horizontal, qui nous offrent d’aller puis de nous revenir dans un même mouvement, toujours je m’accrocherai à la barre où se tiennent parfois d’autres mains, les bras dans le dos, le regard dans le sien.

 

Parlant d’axes, je les admire qui dansent, qui bondissent et rebondissent de bout en bout et qui, puisqu’on y revient toujours : savent retomber surtout. Ils ne semblent pas accordés et je reste hypnotisée, les percussions aidant, par ce désordre apparent. La chorégraphie est pourtant rigoureusement étudiée, les lignes sur la scène soigneusement dessinées, je sors de ma torpeur quand à leurs tours ils se rejoignent en opérant le même pas au même moment.

 

Parlant de moment, je voudrais ne jamais rencontrer personne que je ne pourrais pas, apparemment, faire autrement. Elle arrive dans ce café où je suis justement installée face à l’entrée, elle m’ignore et je l’ignore gardant toujours au fond ce souhait de dialogue entamé, de mensonge dénoué. Rien, semblerait-il et de son côté, ne pourra rien y changer, ni nos avancées, ni les bombes dans notre ville, ni les années : pas de quartier.

 

Parlant des gens, j’ai tant à dire à leurs propos qu’il ne sait plus finalement qui est qui, plus les prénoms, les histoires accolées aux prénoms, il me parle d’un générique de fin où on les verrait défiler un à un. Lui me dit que viendra forcément le temps où je renoncerai aux autres pour me concentrer sur ma propre personne et sur les rares ceux qui finalement deviendront les miens. Je pense, moi, que ce n’est pas pour demain.

 

Parlant de ce qui m’appartient, il qualifie mon écriture d’érotique, non : sensuelle, pour ce qu’elle laisse à envisager. Il évoque une scène où quelqu’un me rejoint dans un bain, je ne m’en souviens pas, pense ne l’avoir jamais écrite et c’est très bien. J’espère vous laisser toujours, même hors des formats courts, vagabonder dans des paysages que je n’aurai ni rédigés, ni même envisagés.

 

Parlant de paysages, nous passons en ville, un peu avant minuit, devant les hommages et messages de soutien. Je m’avance et me promène entre les mots à la craie, les caméras, les fleurs, les trottoirs bariolés et, c’est étrange : je n’y suis pas, dans ces ravages rappelés, ne ressens rien, je marche sur les dessins.

 

Parlant de ravages, rivages, virages, visages ; j’ai toujours voulu me payer le luxe d’associer ces quatre mots voisins, c’est maintenant chose faite.

 

Parlant de luxe, le vent fait si fort claquer les tuiles, la tempête fait un tel raffut dehors que j’ai beau tendre l’oreille, me concentrer et faire comme je fais toujours avant de m’autoriser le sommeil, j’ai beau essayer de percevoir sa respiration pour m’assurer qu’il dort enfin, rien n’y fait : je n’entends rien. Au petit matin il me parle de cette horrible nuit de naufrage et c’est finalement ce que nous sommes, de bons vieux naufragés follement chanceux de partager, au milieu de cet océan sans terre en vue ni continent prévu, le luxe du même morceau d’un même inébranlable rafiot.

 

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Un commentaire pour “oh the wind the wind is blowing”

  1. Il n’y a pas que l’écriture qui évolue.

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