Le blog de Victoire


1/01/'16

une année danse

Ce qui me frappe chez toi, elle me dit ma tendre amie, c’est la façon dont tu vis ta vie. Tu ne cours pas tu voltiges, c’est dense mais c’est léger, c’est dansé. Ta densité ta d.a.n.s.i.t.é, ah, ta dansité c’est ça. 

Comment pouvait-elle mieux dire et imager l’année tout juste écoulée ?

 

Solstice d’hiver, c’est le jour le plus court de l’année, et la règle, ce jour-là, est rigoureusement appliquée ; il me semble qu’il est à peine arrivé que le voilà déjà en allé. Pour palier mes murs, toujours les mêmes c’est sûr, il me dessine des paysages, il dit imagineimagine l’Italie, cet hôtel, un room service, j’imagine mais j’ai les pupilles qui brillent et soudain voilà : cet air un peu grave qu’il ne me connait pas. Il mime le poignard planté dans le ventre, m’enlace puis rattrape la gaieté au lasso. On parle de tristesse nécessaire, je lui tends des quartiers de mandarine. Il se rhabille lentement, tissu par tissu, s’en va en marche arrière comme il est arrivé, lecture inversée.

 

Champagne ! je m’exclame, champagne ! je lui écris, plus tard on trinque, des pâtes fraîches pendent sur des cintres. Temps des fêtes oblige, je retrouve des aiguilles de sapin dans mes poches puis dans mes cheveux. Plus tard je sèche ses larmes sans toucher ses joues, j’essaie de la rassurer, dans la rue je me retourne et je crie : et surtout n’oublie pas, les gens n’ont pas d’attentes, les gens t’attendent toi. A elle, je fais lire mes textes sur l’Iran, elle lève les yeux, je voudrais les dire, elle dit justement. Le dernier spectacle de l’année nous fait soupirer mais porte un titre, c’est ici que le jour se lève, qui nous semble de bon augure. En attendant le début on parle de cinéma, de littérature, et j’aime chez elle sa manière d’être tout entière immergée dans ce qu’elle lit et voit, de profondément s’indigner, rire ou pleurer. Je crois toujours qu’il sait tout, qu’il y était déjà, il me rappelle je suis un petit nouveau dans ta vie, tu sais, et j’aime imaginer ma vie, comme il dit, comme une suite d’épisodes, une saga que je partage avec joie.

Nous y sommes finalement arrivés, et il ne pouvait pas y avoir plus dernier que ce dernier jour de l’année. Les adieux à la mécanique de l’open-space se font en jouant, en jouant littéralement, joyeux gagnants et bons perdants.

 

Hier soir, j’ai eu froid deux heures près de gens qui ont froid toute l’année, je l’ai fait rougir dans sa voiture, puis je suis rentrée. Elle disait, ce qui est cohérent, c’est de fêter l’an avec ceux qui ont « fait votre année ». Faute de pouvoir les réunir, ces bourrasques, ces épaules, ces révélateurs adorés, puis d’avoir tant passé cette année à me rassembler et à me ressembler, c’est tous les pans de moi, finalement, qui étaient invités. J’ai pris un long bain bleu, bleu comme celui disposé partout dans les bazars persans, un bleu qui protège du mauvais oeil, un bleu vibrant. De ma fenêtre ouverte, j’ai pu compter quinze feux d’artifice en simultané. Tout de suite après, il s’est mis à pleuvoir. J’ai respiré. Et on y était déjà, voilà, de l’autre côté.

 

IMG_5535

Processed with VSCOcam with b1 preset

Processed with VSCOcam with c1 preset

Partager sur Facebook, Twitter & catégorie(s) : Non classé

1

Un commentaire pour “une année danse”

  1. Bonne année à toi.
    Sincèrement, je te souhaite beaucoup de bonheur!

    Je cherche sans cesse le sens caché de tes phrases, je m’y perds dans les pronoms personnels mais j’aime beaucoup lire ce que tu écris. Cela continue de me distraire, même à l’autre bout du monde.

Laisser un commentaire