Le blog de Victoire


27/11/'15

je sens des boums et des bangs

Voilà, ça y est je crois, je me réveille avec ma ville ; elle et moi sortons de notre torpeur, nous frottons les yeux, nous étirons les bras les jambes de concert. Elle et moi sommes encore hésitantes, prudentes sans doute et debout malgré tout, vivantes les jambes branlantes comme l’animal juste né. Du silence et tous les jours dimanche, ma ville s’est tue mais pas tuée, ta ville, rappelles-tu. Tu as raison. Je me tais encore cet après-midi quand il demande, à propos du moyen-orient d’un mois le mois dernier : alors, comment c’était ? C’était, je commence, c’était et je peine à trouver le qualificatif qui résumerait tout, je sais que si je me lance je devrai forcément en passer par les ombres, les ombres sombres, de l’obscur de fond de terre qu’on n’illumine pas, ou alors si oui, si rare oui, c’est qu’on l’éclaire à la lampe de mineur pour prévenir le coup de grisou. Je ne suis pas certaine de savoir y faire, de savoir véhiculer autre chose que cette foutue lumière, trop habituée que je suis à l’exclusive beauté, habillée en chagrin parfois, la beauté, du chagrin oui jusqu’à la nausée, déguisée en cruauté, la beauté, souvent, mais quand même, in the end : la beauté.

 

Bien sûr depuis mon retour il y aura eu, comme couleurs, le rouge de l’automne et des aurores façon jetlag, les cheveux noirs d’Azénor et ses longues mains de dentelière, les roses orange déposées sur le palier. Il y aura eu sa manière de faire l’inventaire, ton nez, tes oreilles, tes bras, tes jambes, tes yeux, tes cils, tes sourcils, tout y est, tout y est, tu es rentrée ! Il y aura eu les cartes tirées, ce garçon dont je n’avais rien oublié des traits mais tout de la voix, puis d’elle les larmes de joie. Il y aura eu aussi et même si toujours tout continue : la chance immense d’avoir été attendue.

 

Un train, vite, Paris, vite, Paris à deux doigts du soir dit, celui-là où un séisme magnitude million s’est imprimé droit dans le corps de ceux-là que j’aime tant. Faire le tour donc des corps de ceux-là que j’aime tant, coller contre le leur vacillant le mien pour l’heure un peu plus constant, les étreindre un à un, les tenir serrés dans l’appartement, le café, dans la rue aussi, on a le droit de se tenir comme ça dans la rue, quel luxe, je dis, il rit. Dans ses draps de toute petite fille elle fredonne avec sa mère, evenou shalom, shalom, shalom alechem ; la paix, l’amour, la joie.

 

Bruxelles ma belle (locked) down, j’entends des sirènes même lorsqu’il n’y en a pas, pas les sirènes qu’on voudrait, pas les sirènes que l’on croit. On s’affaire pour installer image et son de mon petit cinéma-maison, on s’installe sur le canapé, on appuie sur play. Il ne nous faut pas six minutes pour basculer dans l’amour : combien de temps, toujours, avant de basculer dans l’amour ? Des quatre cent coups je me souviendrai de la première scène d’école, de la dernière scène de plage, de la bande-son aux cordes pincées d’un violon, de la lumière bleue du projecteur, des visages projetés sur son visage que j’embrasse, de son corps en travelling par-dessus le grand film, de sa peau dans l’ombre ou de son ombre sur l’écran, de ça, oui, je me souviendrai vraiment.

 

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untemps

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2 commentaires pour “je sens des boums et des bangs”

  1. Tes mots me transportent, me fascinent, m’émeuvent sans que je ne me l’explique… Merveilleuse plume. Bravo

  2. Quel plaisir de te relire enfin !!! C’est beau.

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