Le blog de Victoire


1/10/'15

Cléopold

Cléo et Léo,

je veux dire

comment aurait-elle pu faire autrement, Cléo

que de chercher à l’imbriquer en elle, Léo,

alors même que son prénom à lui, Léo

est contenu tout entier dans le sien à elle, Cléo.

Cléopold, ça donne,

un mot étrange, une consonance qui dérange.

 

Cléo gravite, gracieuse, gracile,

elle est danseuse étoile.

Un terme astral qu’elle a toujours trouvé inadapté, elle qui,

pour ses sauts de basque, de biche, de l’ange, de chat,

doit empoigner des deux pieds

cet élan qui part du sol.

Pour l’élan il faut l’arrimage, être ancrée toute entière,

pour pouvoir rebondir, pour se faire légère.

Elle aurait préféré, c’est clair

qu’on l’appelle danseuse de terre.

 

Lui, Léo,

est le roi bâtisseur,

alors pour bâtir il envahit,

on ne sait pas trop quoi penser de tout ça, de lui.

Lui tout ce qu’il veut, c’est ouvrir le pays à la mer,

Ouvrir la ville aux clairières,

Ouvrir ses bras à sa chère, son repère, sa lumière.

Alors…

 

Alors Cléo et Léo se retrouvent dans un train.

Un train de luxe, toujours en mouvements.

Un certain luxe aussi que celui de n’être amants

que dans un wagon qui traverse les continents.

 

Cléo et Léo ont le sentiment, pourtant,

de rester immobiles, là, en s’enlaçant,

que ce n’est pas l’amour, mais plutôt l’autour qui est mouvant.

que ce ne sont pas eux mais plutôt les gares

que ce ne sont pas eux mais plutôt les paysages épars,

jamais eux qui décident du départ.

 

Dans ce cadre faussement stable,

existe alors le tendre mirage

d’une ardeur inlassable,

d’un désir immuable.

 

Des étreintes discrètes,

des soupirs dissimulés

par la vapeur étouffée,

des gémissements sereins,

par les crissements des freins.

on n’y voit que du feu, on n’entend rien de rien.

 

Une parenthèse de ferraille,

De cahotement sur les rails…

 

Ah s’aimer dans un train…

Ne s’aimer qu’en voyage

c’est quelque part s’éviter ce gâchis,

ce fichu gaspillage,

qu’une passion endormie,

qu’un brasier rendu sage.

 

 

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2 commentaires pour “Cléopold”

  1. Ah, s’aimer dans un train… A la folie, naturellement. Une histoire d’amour, une histoire déraille. Gare à l’amour dans un train!

  2. J’en connais 2 qui ont vu leurs vies basculer dans un train. 10, 15 ans apres l’amour est toujours intense..

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