Le blog de Victoire


21/06/'15

Ma Montréalité

 

Aurais-je pu espérer plus grande dernière journée à Montréal que le jour, justement, le plus long de l’année ? D’y fêter à l’instant, là, en vous écrivant dans un café aux côtés de mes adorés, le solstice, le tout premier jour du bel été ?

 

Lorsqu’il faut prendre la route il tempête tout du long, jusqu’à ce qu’enfin on traverse le pont, là : lumière. C’est le temps des petits pèlerinages : passer dans la rue puis contempler au travers des fenêtres de l’appartement que j’habitais avec mes colocataires, boire des latte et des limonades dans chacun de mes endroits, saluer mes écureuils, hésiter devant les étals de bleuets, lire sur les murs les phrases de Miron qui a toujours raison, assister et enregistrer une petite répétition et un grand concert, discuter avec cent inconnus, l’accompagner voir une pièce bouleversante qui s’appelle moé pis toé, sursauter en entendant ce mot inventé, Hiroshi-moi, qui dit trop bien (ou bien trop, c’est selon) ce qu’il a à dire, m’offrir de la poésie et des disques, commander une livraison de fleurs pour mes hôtes, retrouver chacun de mes amis d’ici. Ceux-là ont toujours une chambre pour moi, celui-là arrive avec des lilas, ceux-ci fêtent ses quatre ans dans un parc, celles-là ont des bien des histoires à raconter : on parlera, pour faire court, d’amour à l’impossibilité, l’impossibilité toute relative évidemment.

Dans mon carnet, je note une à une, parce que je voudrais m’en souvenir, leurs remarques et observations. Quand je lui avoue, à lui, que c’est une peine de coeur qui m’aura fait prendre mes billets d’avion en urgence, il ricane gentiment, ose un encore, Victoire ? Si ça peut te faire rentrer à chaque coup chez nous, alors. A la reconnaissance absolue que j’arbore aujourd’hui face à toutes choses ici mais à l’émerveillement intact pourtant, elle rétorque ben là si tu arrêtes de t’émerveiller, toi, le monde ne tournera pas.

Dans le bus, cette femme un brin chipie me met en garde, t’es ben une belle fille, prends donc garde aux loups, t’sais. 

 

Ce jour-là, j’ai rendez-vous devant chez nous avec mon ami écrivain. Je sais qu’il débarquera un quart d’heure avant l’heure, alors avant l’heure je descends : il est là. Je le photographie en bas de son bel Habitat67, on gage pour ou contre la pluie, moi je dis que oui, je cueille les cheveux blancs égarés sur ses épaules, lui les paillettes sur ma peau, tes cuisses étoilées, il dit. Je lui raconte mes aventures avec mes oiseaux, qui l’amusent et l’inquiètent d’un même tenant, il me conseille d’opter plutôt pour les mammifères, les mammifères marins, un bélouga, propose-t-il, un bélouga ce serait bien. On parle d’écriture, bien sûr, il me secoue un peu, me demande ce que j’attends encore, tu sais écrire, non ? Alors écris, là !  Dans la voiture, je lui parle de cette citation lue sur la promenade le long du littoral, « qu’est-ce donc qu’un fleuve ? (…) Un désir immense qui risque sa peau » et du livre duquel elle est tirée et après lequel je cours ardemment depuis lors. Il me questionne alors sur l’auteur et, lorsque je lui réponds, me demande si je le niaise, si je lui fais une joke, il me dit que c’est la meilleure, là, ma meilleure de toutes. Il m’annonce que c’est cet homme-là, le frère de sa mère, qui l’aura mené à l’écriture. On en a bien de l’eau dans les yeux, tous les deux. Plus tard, il m’écrit qu’il me rejoint, qu’il a oublié de me dire quelque chose, et il arrive avec ledit livre dédicacé, pour lui, par ledit auteur. A l’intérieur il a collé un post-it : chanceuse ! Il m’appelle Soie, comme à son habitude, et aussi beau génie, ça c’est inédit. Je l’étreins fort en le quittant et lui glisse à l’oreille vous êtes bien à la hauteur de vous, mon ami écrivain. 

 

Mon séjour ici, pourtant très, toujours trop court, m’aura propulsé à des années-lumière – au moins à largeur d’océan- , de toutes ces choses terribles et / ou merveilleuses qui ont pu se passer dernièrement, avant. Hier soir, veille du départ, les choses me rebondissent au visage, je serre les dents puis les poings de cette absence de points, justement, au bout de mes phrases. Heureusement on va danser, danser, des mouvements larges et libérés pour la toute dernière soirée.

 

Oh je ne suis pas une enfant de tes îles, je ne suis pas née au bord de ton fleuve, je n’ai pas grandi dans tes villes. Je n’ai de tes saisons qu’une connaissance théorique, n’ai expérimenté que trop brièvement tes variations d’humeur, et pourtant. Pourtant à nouveau tu me confies tes clefs, ton titre de livre inédit, tu appliques de la citronnelle dans ma nuque, me retiens par le poignet quand je suis imprudente, pourtant je croise dans tes ruelles des gens qui m’embrassent, d’autres qui rougissent, qui pleurent, me remercient, que je remercie encore, et qui me répondent, comme à tous et je les crois pourtant : bienvenue.

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