Le blog de Victoire


10/04/'15

Tout bouge autour de moi

Je suis assise dans la rue, sur une marche d’asphalte et le dos calé contre une autre, les pieds nus. J’aurais pu, c’est vrai, m’attabler à la troisième terrasse de l’après-midi, mais je n’ai plus soif, plus envie de consommer quoi que ce soit si ce n’est cette chaleur, cette peau brûlée aussi inattendue qu’inespérée, ce printemps que, déjà, on n’attendait plus, ce livre que je traîne dans mon sac. Dans Tout bouge autour de moi, D.L. raconte ce qu’il a vu et senti à Port-au-Prince le 12 janvier 2010 à 16h53, ce qu’il a vu et senti par la suite, à genoux face à l’île à genoux. Je comprends, en le lisant, qu’il a été attentif à tout; qu’il a tenu à jour son calepin à chaque instant, retranscrivant les dialogues, les impressions, les couleurs, les immeubles et les mines défaites en temps réel. Et je trouve ça grand. Surtout : je ne trouve pas ça indécent. Et, quelque part, ça me réconforte : l’indécence, souvent, quand je raconte, me pose question. L’impudeur aussi. Je raconte et j’implique des innocents : de ceux qui font partie du récit, bien sûr, mais aussi de ceux qui les lisent, y entrent, y font front face. Tous ceux-là n’ont rien demandé. Quelle pourrait être la justification d’une telle vocation ? De raconter ? Certainement pas de répondre à quelques questions : on ne sait, forcément, pas mieux, pas davantage que l’autre. Peut-être, en posant des mots sur, tenter de faire sentir à l’autre une certaine cohésion, une preuve, s’il en est, que l’autre n’est pas vraiment seul, donc pas vraiment autre. Quand on évoquait l’autre soir avec lui le pourquoi de raconter ce que l’on vit, il a su démêler les choses en affirmant seulement : raconter ce que l’on vit, témoigner quelque part, c’est bien là, Victoire, la moindre des politesses. Politesse à faire à l’autre, à céder à un quotidien qui nous le rend bien. Je crois qu’il a raison.

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