Le blog de Victoire


31/03/'15

un moi(s) depuis toi

 

J’ai pensé, laconiquement et un peu naïvement sans doute, que la première vague de la première nuit – le corps tordu par la douleur lancinante et bien physique, mes cris étouffés dans les oreillers, le coeur et le corps secs comme du papier sous la langue – j’ai cru, finalement, qu’elle était passée. It’s a clean cut, dit-elle de la façon abrupte et propre dont tu m’as quitté moi, puis le pays, sans te retourner. Quand la mer se retire, que reste t’il sur la plage désertée ? De multiples mains sur mes épaules, des dialogues nocturnes, suffisamment de textes rédigés aux jours que je décompte depuis toi pour en faire un recueil, un ouvrage entier, la naissance de quelque chose dans, pourtant, un cahier d’avortements. Mes cheveux coupés, un nouvel air pour une nouvelle ère; tu parles. Assister à ce concert dans lequel des mains battent sur une poitrine, principale caisse de résonance pour accueillir le rythme, les percussions. Danser dans mon appartement avec ma vieille garde, composée de ceux qui ont toujours été là, qui le seront toujours, qui ne s’en iront pas. Ramasser des fleurs de sable sur la plage d’Ostende. Louer le ciel d’avoir un jour brisé un coeur pour pouvoir de la sorte admirer, sans sourciller, la hauteur de ton courage. Regarder six fois vingt minutes de films sur son lit, à Paris, pour amasser du matériel, pour occuper mes futures interminables soirées avec moi-même. A mon poignet, une montre d’aviateur en cadeau, pour ne plus m’y perdre. Du coton sur ma peau, léger, parce que je ne supporte pas que l’on me serre, ni les vêtements, ni même les gens. Préparer mes bagages et enlever des valises les étiquettes à ton nom, quitter le continent à mon tour un jour d’équinoxe et d’éclipse, la totale. Un peu d’eau sur mes joues, forcément, mais alors rien que devant des inconnus : le médecin ou alors cette vieille dame qui me demande, doucement, gentiment : et vous, vous êtes accompagnée ? Ne parler de toi qu’en termes de chance. N’en jamais démordre. Ce sentiment trop étrange de n’avoir finalement, toutes proportions gardées, « plus rien » à craindre puisque ça y est : le pire est arrivé. Quand je dors, passer mes nuits en ta compagnie, m’en réveiller soulagée, étrangement apaisée. Vivre un moment de cinéma, le dos plaqué contre le siège d’une voiture de course, puis sous les avions qui décollent raz au dessus de nos têtes, et il nous encourage allez, on crie ! – alors on crie. Paraître, semblerait-il et pour la toute première fois, des années de plus que mon âge. Redevenir, je crois et bien malgré moila fille dont tu étais tombé amoureux au début. Retrouver tes cheveux sur le matelas, même trois fois après avoir changé les draps. Le chagrin comme excellente compagnie, qui donne de la substance, de la contenance, une forme à l’inacceptable. Les jours défilant, avoir de moins en moins à écrire, donc à matérialiser : c’est là que le vide s’installe. Puis… La voir arriver. La seconde vague, le second volet de tempête. Réaliser. Réaliser et pleurer dans les embouteillages, le front collé en soubresauts contre le volant. Pleurer encore, en tenant contre ma poitrine la poitrine d’un nourrisson. Puis l’heure d’été, censée me sauver de mes réveils prématurés. Ce jour-là, tu choisis de formuler, avec une syntaxe impeccable et un vocabulaire soigneusement sélectionné, de m’écrire enfin pour poser le pointRemettre les pendules à l’heure,  y être bien forcée, au propre comme au figuré. Laisser donc à hier, outre quelques plumes et d’où l’heure d’hiver, je suppose, la douleur d’hiver. Me relever, au moins essayer.

Un mois mon amour, un moi depuis toi.

 

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4 commentaires pour “un moi(s) depuis toi”

  1. On touche au sublime, le ciel & les mots mêlés. Il est presque indécent d’écrire ces quleques phrases sous tes quelques mots mais pour une fois je ne puis me résoudre à cliquer sur le « coeur » tant le tien semble au bord du vide, au bord de tout.
    Je te souhaite d’écrire, d’écrire et puis d’écrire encore et de pleurer, pleurer, pleurer toutes les larmes de ton corps. D’avoir toujours ce grand courage.
    Je te pense chère Victoire et aime toujours autant te lire tant ton écriture est Vibrante et Vraie.
    Et puis, si le coeur t’en dit: https://www.youtube.com/watch?v=P95AbfOkvGA
    Moi il m’a un peu sauvé des fois.

  2. Bobin au petit matin, qui ne pourrait pas mieux dire, forcément. Merci <3

  3. Aujourd’hui je suis triste et personne à qui le dire. Je suis triste parce que j’ai le temps. J’ai le temps de suivre un flux de pensées malsaines et de m’y rouler, de m’y noyer, de m’y perdre sans vergogne. D’y plonger la tête profondément et de ne pas réussir à la sortir.
    Alors je viens ici. Et tu m’aides. Si seulement je pouvais te rendre la pareille…

  4. Le fond est triste mais la forme tellement jolie… difficile de vraiment commenter mais tout de même, merci pour ce joli moment d’écriture.

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