Le blog de Victoire


30/03/'15

de Charles Pépin

« C’est beau et c’est comme ça, on ne discute pas, ni avec les autres ni comme ça. D’où cet affect de plénitude, cette présence à elle-même et au monde que nous évoquions précédemment : elle est là, enfin, toute entière. »

« Nous avons besoin de la beauté, de ce que la beauté nous fait, pour retrouver ce talent de savoir s’écouter, cette confiance en soi – mais en un soi ouvert, désireux de partager son goût, portant en lui la promesse d’un nous. Et nous en avons besoin aujourd’hui plus qu’hier. (…) C’est en ce temps de doute généralisé qu’il est plus vital que jamais de chérir l’esthète en nous, de multiplier les occasions de rencontre avec la beauté, de plaisir esthétique. Car l’esthète est cet homme qui sait juger en l’absence de critères. L’esthète est cet homme capable de s’écouter quand, tout autour de lui, le monde crie des choses insensées. »

« Faire preuve de jugement réfléchissant, affirmer que « c’est beau » sans critères relève d’une sorte d’invention. (…) Toute expérience esthétique porte la marque de cette foi : ce que je ressens ne peut pas me tromper, la beauté dévoile, lève le voile du doute. Nous ne savons pas trop pourquoi, ni comment, mais nous sentons qu’il y a de la vérité dans ce que la beauté nous fait : de la vérité dans la sûreté de notre jugement. (…) Bientôt il ne nous restera plus que notre intuition. Alors cultivons-là. »

« La raison intuitive est une raison qui cesse de raisonner : elle résonne enfin. Comme si la raison, pour donner le meilleur d’elle-même, devait s’ouvrir à son autre, à son opposé : au corps. »

« La beauté n’est que la promesse d’un bonheur partagé, a-t-on envie d’entendre (…). La promesse ne sera pas tenue, on l’a compris, mais ce qui compte, c’est la promesse, la chaleur de la promesse – sentir au fond de soi que quelque chose nous pousse à partager avec les autres, que nous ne vivons pas simplement des vies parallèles (…). Vivre du sens. »

« La beauté nous sauve de cette idée, si réductrice et si répandue, que nous sommes simplement ce que nous sommes. (…) Il devient possible de devenir meilleur, de devenir pire, de devenir un autre, ou de devenir soi. C’est le danger, c’est la magie de la beauté. »

« Dans le premier cas, nous avons besoin de la beauté pour arrêter enfin de penser. Dans le second, pour oser « penser » autrement. Et si, en fait, c’était la même chose ? »

« La beauté surgit par la fenêtre, dans un ciel soudain déchiré de pourpre, elle surgit, inattendue, au travers des enceintes et de l’embouteillage, elle surgit sur la façade d’une église et notre plaisir nous dit que nous ne voulons pas devenir des robots, que nous l’aimons quand même, cette humanité compliquée et souffrante. Que nous voulons encore le porter, ce fardeau de notre subjectivité, même s’il nous pèse si souvent. »

« L’existence même de la beauté nous rappelle précisément qu’il y a de l’inexplicable. D’habitude, nous ne supportons pas l’inexplicable. Il est insupportable de ne pas comprendre le départ de l’être aimé, insupportable d’aller mal sans savoir pourquoi… Dans l’expérience esthétique, nous apprenons au contraire à accepter l’inexplicable, à l’aimer, à l’accueillir. Et si c’était de cela, surtout, dont nous avions besoin ? »

« (…) comme si d’avoir été absent nous rendait capable d’une présence nouvelle. Notre présence-absence au monde se décomposerait alors en deux moments : une absence contemplative, puis une présence intensifiée. »

«  (…) aimer une beauté qui échappe (…) et si c’était cela, l’amour : se donner à quelqu’un qui restera toujours absolument inconnu. »

« La fin ne changera rien à ce qui a été. Ce qui a eu lieu a eu lieu pour toujours. (…) quel que soit l’avenir, il y aura eu au moins « ça ». Leur amour mourra peut-être, mais rien ne pourra faire qu’il n’ait pas été. Le fait qu’il a été durera pour toujours. »

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