Le blog de Victoire


2/02/'15

des échanges d’altitudes

Le seul sens, finalement, la seule raison – la seule explication, réside ici : dans les multiples interactions entre soi et l’autre, les partages d’univers aux fondements parfois si différents, dans les échanges d’altitudes. L’altitude, ici, ne dispose pas de mesure stricte; tes sommets ne sont pas les miens, tu m’élèves, à ta manière, à des hauteurs qui m’étaient jusque là étrangères. C’est là la réplique la plus valable que j’ai pu trouver aux questionnements – les miens, les vôtres -, sur le pourquoi d’une telle course, jour après jour, le pourquoi d’un matin après l’autre, pourquoi continuer, pourquoi s’échiner. Evidemment il en existe d’autres, mais celle-ci est imparable, celle-ci ne s’use pas, ne se corrode pas, jamais. Les échanges d’altitudes.

 

La semaine ne démarre pas qu’à moitié : je crée, c’est tout à la fois virtuel et bien réel, ma société. Elle porte, sans grande surprise, un nom d’étoiles groupées. Le lendemain, je me retrouve presque à l’improviste dans un train. Je propose du chocolat à mon voisin de voyage qui n’a pas l’air tenté et arrive dans une gare parisienne bondée malgré l’heure tardive. Dans le métro, je croise tour à tour l’indifférence, l’ivresse, puis la démence. Je retrouve ma bleue tout au bord du sommeil, et le lendemain, par deux fois, elle et ses battements, de visu ou dans les yeux. Je suis trempée jusqu’aux os quand je passe la porte-tambour de la grande bibliothèque, j’arpente en solitaire l’exposition d’Alix Cléo Roubaud. En lisant dire et montrer sur les murs, je me dis que tout est là. Avant de repartir, il me reste le temps de faire partie d’une surprise bien orchestrée et d’échanger avec elles des histoires des secrets et infiniment de tendresse dans un restaurant indien au bord du canal Saint-MartinEn le retrouvant dans notre capitale le soir venu, et en l’encourageant à mettre des mots sur quelques sensations, j’entends feu d’artifice et j’y souris silencieusement. J’ai rendez-vous plus tard dans une galerie d’art, avec ce vieil homme – juste à l’extérieur, parce qu’au dedans – ses gardes du corps colombiens et son gros chat noir. Il y a des oeuvres jusqu’au plafond, des opales dans les vitrines, un jardin multicolore et suffisamment d’histoires pour en faire quelques livres; ça tombe bien, c’est précisément la raison de notre entretien. Un soir de tourmente, je me plonge dans strangers on a train d’Hitchcock, ça sauve, je crois, ma nuit. Il semblerait d’ailleurs que j’ai récupéré le contrôle de mes nuits, celui-là même qui m’avait échappé il y a presque deux mois déjà. Mon père, pour fêter tout ce qu’il y a à fêter, m’offre un dîner japonais et un tapis centenaire, retrouvé dans ses trésors d’antiquaire.

 

Je le retrouve alors qu’il fait encore nuit à l’université libre, et j’entonne une demi-heure plus tard, juste après cette chanson du label constellation et de ma voix de comptine mal assurée, la lecture à la radio de deux chroniques littéraires. L’expérience, bien que brinquebalante, me plait. Si je croyais que personne n’écoutait, c’était sans compter cette amie qui n’oublie jamais.

 

Un dimanche de neige fondante dans les rues de Bruxelles, une mouette s’est égarée et se manifeste avec son cri reconnaissable entre mille. On l’entend par-dessus quelques sonates de Beethoven, par-delà les fenêtres. La mer en ville pour parer l’hiver qui se fait long.

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