Le blog de Victoire


5/01/'15

Une histoire de manteau

Je n’avais pas encore l’âge de raison lorsque j’ai commencé à me comparer.  A détailler mon corps par rapport à celui d’enfants de mon âge, à mesurer. Je me souviens parfaitement avoir eu la sensation, déjà, d’avoir été un peu « malchanceuse ». D’avoir été persuadée que le sort m’avait doté des pires cheveux, des traits les plus ingrats, de la condition physique la moins avantageuse.  Je mesure, en vous l’écrivant, l’exigence de guillemets, la bêtise et, oserais-je le dire, l’indécence de mes propos. Pourtant, près de vingt ans plus tard, j’ai toujours une certaine rancoeur contre mon reflet dans le miroir, et lui et moi nous échangeons régulièrement, quand nous nous croisons, des regards vraiment noirs. J’ai souvent été jusqu’à pleurer, désemparée, en apercevant des clichés de mon visage. Alors je coupe, je ne me montre que de moitié, que de dos, de côté. Adolescente, je changeais d’allure vestimentaire, de coupe de cheveux, tous les mois. Le plus souvent, face à l’objectif, je ne sais pas quoi faire de moi. Du narcissisme, diront certains, un insatiable besoin de compliments, de reconnaissance, affirmeront d’autres. Un deuil non accompli, c’est presque certain, de ne pas faire, dans ce domaine important pourtant si peu, l’unanimité. Mais pourquoi, me demandait-elle l’autre jour, incrédule. Victoire, il ne s’agit là que d’un manteau. Un manteau. Un vêtement qui, aussi encombrant puisse t-il-être, tient chaud, tient bon. Passe les hivers, suit les aventures, essuie les mésaventures. Une parure qui, si on le veut bien et la bienveillance en avant, se déboutonne aisément. Un manteau qui n’a la matière, ne présente que le motif que l’on veut bien lui accorder. Qui n’est visible que quelques secondes aux yeux d’autrui, si l’on choisit de l’oublier aussi. Un manteau.

 

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De Maurine Toussaint je devinais, outre la qualité de son travail, la profonde humanité. Je lui ai raconté et nous avons conclu un marché. Plus d’une fois et par ma faute, le rendez-vous aura été reporté. Nous nous sommes finalement retrouvées, un jour de septembre éclairé, de sursis d’été. Je me suis efforcée, plusieurs heures durant, à garder le regard planté dans son objectif. Elle a su m’apprivoiser, voir par-delà, ou composer avec, c’est selon, mon manteau. Bien sûr, quelques heures n’auront pas modifié de tout en tout l’allure supposée de mes coutures. Mais une maille, un pan de tissu à la fois, c’est déjà beaucoup, c’est déjà ça.

Maurine, merci, merci et puis encore merci, je te l’avais déjà dit ?

 

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3 commentaires pour “Une histoire de manteau”

  1. Merci à toi! Pour ta confiance et pour le reste <3

  2. Un manteau. Qui peut se détricoter, maille après maille. Pour laisser place à un autre, un peu différent du premier. Mais il reste le même, dans le fond. Tout cela n’est qu’illusion.
    Ou un vaisseau. Notre corps, notre vaisseau, pour traverser cette Vie-là.
    Et comme il est dur, parfois, de faire la paix avec un corps qui nous encombre. Et pourtant, l’un sans l’autre, nous ne serions pas vivants. Interdépendance de l’esprit et du corps. Qu’on le veuille ou non. Qu’on l’accepte ou qu’on le nie.

    F.

  3. J’ai la même robe Sezane !!! Nous voilà un point commun de plus (le plus évident étant l’amour des mots envers et contre tout, dans la tempête souvent, par temps calmes parfois). Je n’ai jamais commenté ici. Je te lisais de façon épisodique lorsque hop ! un article traversait mon fil. Il m’a fallu une nuit d’insomnie pour enfin me plonger dans tes textes et je suis insatiable ! J’aime tant la façon dont tu manies les mots… Bref, tu es ma lecture du moment et c’est un vrai plaisir !
    Bises 🙂

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