Le blog de Victoire


26/01/'15

c’est de circonstance et j’ai le droit

Réveils internes respectifs obligent, nous ouvrons toujours les yeux une demi-heure « trop tôt ». Alors, souvent, on en profite pour s’enlacer simplement, et j’ai cette sensation, à chaque reprise, que ces gestes me remplissent, littéralement. Que de la même façon qu’il me faut, lorsque je dors seule, prendre un bain brûlant avant de me coucher pour emmagasiner suffisamment de chaleur pour la nuit, ses mains sur ma peau me gorgent de tendresse jusqu’à raz bord. Comme la réserve de chaleur, celle-ci diminue avec les heures puis avec les jours qui défilent, et le temps ne semble jamais aussi long que lorsque nous nous trouvons au plus près des retrouvailles, au plus près mais pas encore.

 

Un matin, j’offre un café à ce garçon en marinière. Il part le lendemain à l’aube pour Montréal. A l’instant précis où je ferme la porte sur sa silhouette qui disparaît dans le noir du couloir, je reçois cette réponse attendue d’une telle hâte; celle qui m’affirme que, finalement et malheureusement, la résidence à Montréal ne sera pas pour cette fois. Il va dès lors me falloir autre chose pour rentrer “chez nous”, traverser l’Atlantique dans le bon sens, revenir au plus des profondeurs où se déclenchent tant de séismes. J’enchaîne les rendez-vous avec des personnalités toutes plus distinctes, dans des lieux tous plus magnifiques les uns que les autres. Le marathon se termine auprès d’elle qui, pour émettre une conclusion sur mon état général, me dit oui mais à vol d’oiseau, tout va bien, non ?  Je lui donne raison, et réalise qu’il faudrait toujours avoir des perspectives de si haut.

 

Je retrouve de nuit ma vieille ville universitaire que je trouvais si laide il y a encore deux ans, mais d’un coup, légère nostalgie aidant, le parfum âcre des bibliothèques poussiéreuses, la régularité de l’apprentissage, l’adrénaline des évaluations me manquent terriblement. Je prends l’autoroute pour rattraper ses récits manqués, elle écoute les miens en réagissant presque aussi fort que moi aux moments dits, nous restons assises là, nos dos réchauffés par un feu ouvert. Je songe tout bas, ça me réconforte terriblement mais je ne lui dis pas, qu’elle est la preuve qu’être mère (veilleuse) d’une petite tribu peut être léger, et que l’émerveillement exalté a le droit de ne faire qu’augmenter avec les années.

 

Nous observons un à un les musiciens de l’orchestre classique, nous échinons à trouver les noms de tous ces instruments à vent, nous promenons de nuit dans un musée des beaux-arts désert. Lorsqu’encore ensommeillé il me dit regarde le ciel, c’est sur son visage que j’aperçois d’abord la lumière rose. J’enfile une robe à motif de voie lactée pour notre dîner dans un restaurant étoilé. C’est de circonstance et j’ai le droit, je me dis, et puis le lendemain, et le surlendemain encore, je ne la quitte pas. Parce que c’est de circonstance et que j’ai le droit.

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2 commentaires pour “c’est de circonstance et j’ai le droit”

  1. Dis, tu veux bien m’emmener :)?

  2. Oh oui, la perspective à vol d’oiseau me parait si belle et si « réelle » en fait. Merci pour ce tendre moment de poésie <3

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