Le blog de Victoire


29/12/'14

Rendez-vous là

Il me reste à t’envoyer encore quelques lignes de prose avant de passer de l’autre côté. Avant de fermer le carnet rouge, le ranger sur l’étagère auprès de ses comparses des années précédentes, avant d’étendre sur la table de grandes pages à l’espace vacant, avant d’à nouveau promettre sans pour autant omettre les derniers serments.

 

Je me suis surprise, cette semaine, à annoncer l’arrivée imminente de la neige à qui voulait bien l’entendre. Je suis une fille des éléments, une météorologue manquée, je m’extasie de tout, ou presque – lumières, pluies torrentielles, vents violents, comètes, neige enfin, qui pourrait nous venir d’en haut. Quand elle s’est mise à tomber, samedi matin, j’ai dit tout bas te voilà enfin, je me suis dépêchée de rentrer pour me glisser sous la verrière recouverte de bout en bout, l’igloo d’appartement auquel j’aspirais depuis l’emménagement. Du blanc éphémère, je crois, alors on en aura profité jusqu’au bout, bottes de pluie et cachemire à même la peau, longues promenades et pas feutrés, arbres givrés et sons de la ville anesthésiés, chocolat chaud et courses de luges dans ma campagne.

 

Avant la frontière, un rendez-vous pour évoquer de la poésie sur les temps de midi, un autre, tout juste après, pour parler publicité, écriture de rentabilité. Dans ce nouveau métier, passer d’une seconde à l’autre d’un extrême à un autre. Au lendemain, une après-midi entière à l’écouter raconter, écrire en gardant pourtant les yeux plantés dans les siens. En reformulant, plus tard, je tangue un peu en écrivant je suis une enfant voilée, volée à ma terre et encore davantage en recevant, de sa part, je commence à respirer, je fais un pas dans ma vie, ou vers ma vie, vers le vivant le vital. J’encadre au hasard quelques titres de chapitres d’un livre de seconde main qu’elle m’avait offert, et en les posant, toujours aléatoirement, sur l’étagère, je réalise que j’ai assemblé – aube, déjà ?, toi !, tes mains, c’est à ça que je songe, nuit. Je les observe faire connaissance, elles qui ne se connaissent à peu près que d’après mes récits, se trouver des liens, des points communs. Je reste en retrait, ne dis presque rien, observe, émue, comme les constellations s’installent. Lorsque je travaille là-bas et que je parcoure la mezzanine, je peux voir sa nuque, son dos, à travers une vitre. L’apercevoir furtivement là, plus encore que le deviner sous le même toit, parfois des heures avant de le saluer, de l’embrasser, me fait de temps en temps l’effet d’un véritable exercice de patience, d’un défi de taille. J’arrive un peu avant mon père au restaurant et au bistrotier, apparemment réputé pour ses salamalecs, de répliquer vous êtes la fille de, mais il nous cache ses trésors. Je verse quelques larmes dans un bus, il a l’humeur à l’ouest, lui aussi, alors on passe l’après-midi sous la couette, à alterner travail, discussions et sommeil enlacés. Ce soir de fête où on les accueille, il allume des dizaines de bougies partout dans l’appartement, m’aide à faire pour eux des assiettes de grand restaurant. Ils sont si heureux d’être là, et nous tellement qu’ils le soient. Il y a aussi, auprès de ma famille et du feu ouvert, de grandes retrouvailles, enfin, et des surprises merveilleusement bien choisies. Je dépose dans la rue la branche qui me faisait office de sapin, elle ne pèse, vidée de son eau et de ses ambitions, presque plus rien.

 

Voilà, il ne me reste qu’à enjamber les quelques heures jusqu’à l’autre côté. Je t’embrasse tendrement et espère t’y retrouver. Rendez-vous là ?

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