Le blog de Victoire


2/10/'14

On s’en balance, on est des lions !

Nous n’avons pas eu d’hiver, nous n’aurons pas plus d’été, disait-il, résigné. Il n’avait pas tort, pas tout à fait raison non plus. L’été après l’été devient la belle habitude de notre planète malmenée, voilà. Prenons-la pour ce qu’elle est, pour ce qu’on en a fait. En cet été après l’été, nous avons prononcé des voeux sur la plage, dévoré des assiettes colorées, il a signé sa liberté. A Lille, je partage ma table avec cette fille qui me lisait, avant, et qui m’aurait reconnue dans la rue, disait-elle, à mes yeux. On croise une ballerine qui tournoie sur l’aslphalte. On vide son appartement de la pagaille inutile, et je comprends, à son air penaud après la bataille, l’urgence, l’importance de sa tanière. J’affronte l’objectif d’un appareil photo, de front, de face, pendant quelques heures. La photographe est patiente, profondément humaine et douce, elle m’apprivoise lentement, sans jugement. Un monsieur, au volant d’une berline luxuriante, s’arrête à notre hauteur, parle fort pour qu’on l’entende vous êtes trop jolie, voilà, c’est gênant et un peu maladroit, mais ça a le mérite de m’aider pour cet exercice que je fuis depuis bien des années. Un soir de découragement qui n’a pas vraiment lieu d’être, il essaie par tous les moyens de me changer les idées, il dit tu veux danser ? Viens, on danse !, lui qui a horreur de ça. Le lendemain, un bouquet de fleurs sur ma table, du vin avec mon amie tout juste expulsée de Montréal, l’impression, comme à chacun de mes derniers rendez-vous, de se faire du bien, l’un et l’autre. Et puis ce mariage pour lequel je suis une des témoins, cette effusion de beaux sentiments, énormément de larmes, des étoiles filantes inespérées, des vestes de smoking accrochées à un arbre, le bleu au dessus de nos têtes et les orages tout autour, le déluge, la musique, ces regards, et danser à en avoir la tourniole jusqu’à quatre heures du matin. Débarquer chez elle à chaque fois à l’improviste, son viens ! qui ne se fait jamais attendre, une bouteille de vin ou des cookies à la main, puis repartir aussi vite. Sa fièvre et ma confiance en mon immunité pourtant brinquebalante, sa nouvelle phase, son ivresse, ah ma girouette, la tête pleine, pas vraiment la tête à moi mais peu importe, le pousser dehors, lui dire vas-y, vas-y, fonce ! Réaliser que si tout se transforme, tout évolue et change, nous restons constants, nous restons immuables. M’efforcer de rester son étoile polaire, de rester visible dans ces pérégrinations, même quand il y a des nuages ?, il me dit, ah il va falloir irradier, briller, briller. Il me rejoint très tard sous les draps, je fais semblant mais je ne dors pas, j’observe sa silhouette de Peter Pan qui avance à tâtons dans le noir. Je frissonne de mes discussions avec cette fille autour d’un thé, je retrouve une fois, puis deux, cette autre qui a le feu au coeur, m’imprègne un peu du volcan qui l’anime, lui propose tacitement en échange de reprendre encore une petite part de mon calme apparent. Un dimanche au soleil de ma campagne, un chaton sauvé de justesse de la noyade. Je suis la première cliente d’un nouvel estaminet du quartier, il y a de grandes tables au soleil et de parfaits inconnus côte à côte, nous discutons avec l’un, puis avec l’autre, de la vie, de la culture, de Montréal, tout se rejoint, on se rejoint tous, forcément. Les constellations.

 

L’autre soir, un an jour pour jour depuis notre première rencontre, j’entame cette lettre par de l’amour j’ai appris que. Au moment où j’allais poursuivre ma phrase, ma voisine de palier sonne à ma porte avec pour moi un livre sous le bras, sur la couverture il est écrit tout ce que je sais de l’amour. On évoque brièvement nos états respectifs, elle passe sa main sur mon pull en grosse laine dont elle complimente la douceur, j’acquiesce mais lui explique qu’étrangement, aussi soyeux qu’il puisse paraître de l’extérieur, il n’en reste pas moins piquant au contact de la peau. Comme toi, elle me répond.

 

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Un commentaire pour “On s’en balance, on est des lions !”

  1. Émerveillée je suis.

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