Le blog de Victoire


20/10/'14

Et ce mal qui nous fait du bien

Je n’aurais jamais songé que la douleur, pourtant déjà rencontrée sous des formes les plus variées, puisse revêtir celle-ci; qu’elle puisse abasourdir, amenuiser, qu’elle puisse faire serrer les poings à s’en faire saigner les paumes, rager d’impuissance et d’injustice ressentie à tort ou à raison et tout à la fois donner cette impulsion, cette impulsion terrible de vie. Une déclaration ouverte et ces sanglots contre lesquels je ne peux pas grand chose, c’est beaucoup, tout ça, il dit, trop ?, je demande, voilà, trop d’intensité, trop c’est trop, too much, excès, surabondance, j’en injecte depuis trois-cent-soixante-cinq jours dans son ventre et c’en est trop, ça déborde et ça dégouline sur ses joues, ça ne s’arrête plus, c’est trop, on parle d’imposture hypothétique et de décalage qui pourrait, c’est une hypothèse à nouveau, m’éreinter jusqu’au non-retour, est-ce nous, est-ce lui, on ne sait pas, ce n’est pas mesuré, mais qui nous parle de mesure, pourquoi comparer, on passe de l’hilarité aux pleurs simultanés, nos baisers ont ce goût inédit des derniers. On se laisse quelques jours, je suis abrutie, pas faim, pas sommeil, pas envie, mais envoyer dans l’espace des plans B, C, D, E, parce que je ne m’arrêterai pas à ça, je ne m’arrêterai pas à lui, les journées n’ont pas moins de date et d’heure que les phrases de point final, je ne m’arrêterai pas tout court, c’est vous qui voulez partir comme une fusée ? elle me dit quand elle me voit arriver, et cette autre qui, pour me soulager, me submerge de littérature et de mélodies, et Paris soudain, un entretien à côté des Tuileries, trois rendez-vous et des tartines au miel à l’aube, une démission annoncée sans trembler, je m’asperge à outrance le cou et l’intérieur des poignets du parfum sortilège pour qu’il me sente enfin, une voiture qui a flambé sur l’autoroute retarde mon retour, retarde son arrivée son regard flanqué de cet air que je ne lui connais pas, ses certitudes feintes pour masquer l’incertitude inéluctable, la vérité c’est qu’on n’est jamais sûrs de rien, que demain n’y changera rien, qu’il ne devrait pas exister d’espace pour la logique entre sa peau et ma peau, la vérité c’est qu’il faudra faire autrement, il faudra se taire pour laisser dire, la vérité, la seule qui importe, dit qu’à cette heure très précise un quotidien l’un sans l’autre s’envisage mais ne s’imagine pas. Alors on arrête là, il n’y a finalement d’excès que dans nos tergiversations, on signe et on persiste, on saigne et on insiste.

 

Plus tard, une composition au piano dans un courriel, une déclaration d’amitié dans une lettre, une prise de parole dans une salle de concert qui, voix fluette oblige, m’aura demandé bien du courage, des présentations émues, des personnalités mêlées, un sursis d’été, un appartement prêté, des surprises laissées. Nous sommes accoudés côte à côte à une table dans le jardin, le vent emmêle mes cheveux relevés, on observe en direct l’effeuillage du peuplier. Ce silence, au-dedans comme au-dehors, c’est la simplicité je crois, c’est la simplicité qui s’est enfin installée.

 

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