Le blog de Victoire


1/07/'14

de l’eau à la température des draps

Je le retrouve comme si je le rencontrais, les mains tremblantes, le souffle court, les jambes vacillantes, la peau piquetée, le coeur à vif. Je m’engouffre dans sa voiture et dans ses bras dans la même seconde, je me tais et je l’embrasse cent fois, sans voix donc, pendant qu’il caresse mon dos de larges gestes circulaires, tendres et vigoureux.

Involontairement, je laisse deux pages blanches dans mon carnet des récits du quotidien. Deux pages blanches entre cette semaine où nous avons chacun récupéré nos moitiés respectives et le jour de nous retrouvailles. Mon inconscient, sans doute, marque la transition. Quelle étrange manœuvre que celle d’avancer en reculant; comprenez de reculer un peu pour avancer mieux.

Nous dînons assis sur le rebord de la fenêtre, nos pieds nus posés sur la gouttière fraiche. C’est là notre balcon de fortune, notre terrasse des beaux jours, et ça nous convient très bien.

Ma cousine partage mes draps comme quand nous étions gamines, nous discutons sans discontinuer et devons nous y reprendre à plusieurs fois pour que bonne nuit marque le dernier échange. Je reçois une lettre manuscrite achevée par une phrase qui dit qu’il y aura toujours une Vie derrière la vie.  Je prends un thé avec elle dans un jardin urbain, sur les toits entre les buildings. Je vais au cinéma deux soirs d’affilée et je pleure sans retenue. Je me mets en quête de repeindre mes tables gigognes, j’en ressort la peau constellée de taches de peinture blanches. Nous dansons sur de la musique brésilienne dans sa voiture. J’écoute à la radio, en petit-déjeunant, cet homme raconter ses 286 jours de passion, avec une nostalgie non dissimulée. J’en suis émue et troublée, tant que lorsqu’il me serre contre lui avant mon départ, je lui demande encore un petit peu, s’il te plait. J’écris à la voix entendue en arrivant au travail, il me répond dans la minute. Je vais voir une exposition de peinture avec mon expert de père, qui commente chaque toile avec autant d’enthousiasme que de minutie; mon père, toujours à l’ouest, ou à l’est peu importe, mais jamais vraiment centré, ni vraiment ancré, sauf, précisément, lorsqu’il parle d’art. En rejoignant ma chambre, je découvre son stratagème pour que la pièce, à mon retour le soir et malgré un soleil de plomb, reste à température raisonnable; les fenêtres ouvertes, les volets clos. Je pense tout bas que ce genre de gestes en valent bien des autres. Le même soir, parce que ma santé va à vau-l’eau, ma voisine de pallier m’apporte des vitamines dans un bol de porcelaine. Pour la pochette de son nouvel album, je la photographie cinq cent fois en deux jours, avec des pigments bleus sur les doigts, des paillettes sur le visages, ses cheveux sombres noués de dix façons différentes, chez moi, dans la forêt, sur une plage de Hollande d’où je ramène quelques coquillages gris.

Trois soirs de suite, le parc immense est le théâtre de soirées incongrues et estivales. Le premier soir, en partant à la tombée de la nuit, nous croisons une luciole qui volette en zigzaguant. Le second soir, nous sommes assis sur un banc avec quelques cerises et du tabac, lorsque un renard passe tranquillement à quelques centimètres de nous, s’arrête un instant pour nous regarder dans le blanc des yeux. Le troisième soir, je m’y rends seule, entame et termine un livre à cet endroit.

Je m’offre deux bouquets d’hortensias pour le prix d’un, des plats africains, des bananes plantain, des soirées nombreuses en solitaire; plus que jamais je m’invite à des instants, je me choie, je m’accorde tout ce que je peux pour que béatitude et quiétude me viennent davantage de l’intérieur, pour en attendre un peu moins du dehors, être un peu plus hermétique au vent, un peu plus imperméable aux vagues. Juillet est là et c’est un été déguisé qui démarre, un été dans les bureaux, aux parfums de crème solaire dans les couloirs, aux pauses inestimables, à la liberté qui se compte, à la liberté qui compte. 

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