Le blog de Victoire


22/07/'14

Juillet

Juillet dans un pays où l’été tangue, où l’été oscille, où l’été, un matin, est au moins aussi bleu qu’on l’espérait, avec la canicule qui pèse un enfer sur nos épaules nues; où l’été, le lendemain, est pâle et monochrome, où le ciel et l’asphalte se confondent sans encombre, même s’il nous autorise, mais il ne faut pas le dire, à paresser sans devoir se dépêcher, sans devoir s’habiller en vitesse pour – vite, tant qu’il est temps, que le temps le permet ! – profiter.

Juillet, partout les joues grimées aux couleurs nationales et  les routes désertées par les supporters fatigués, les coups de klaxons furieux ou réjouis jusque tard dans la nuit. Des mélodies de club de vacances et un marchand de glace entre deux réunions, les fenêtres  laissées ouvertes pour écouter l’orage, des nuits à ne s’enlacer que du bout des doigts à cause de la chaleur. Un bouquet de roses offert à mes amis français fraichement installés, un autre posé en surprise sur mon palier. Des feux d’artifice au loin observés penchés à la fenêtre, peaux à vifs, corps au vent, cœur à cœur. Un parcours de golf pour lui, une promenade immense pour moi, ma main serrée dans sa main gantée. Le vent chaud qui devient glacé avant la pluie torrentielle, Schubert sur l’autoroute, un dîner entre témoins d’un mariage à venir. Ses baisers sur mes mains. Un brunch dans une fermette en chantier, aux papiers peints désuets et déchirés, aux murs aux histoires ancrées. Des récits d’adolescence, les siens où je n’étais pas, les miens où il n’était pas, et palier à ma soif d’absolu qui aurait voulu en être en répétant raconte encore. Une chanson qui m’arrache quelques larmes, un livre qui extirpe de ma gorge des oh ! et des ah !, des exclamations de surprise, d’émerveillement ou d’horreur tour à tour, une profonde admiration quant à la construction, parfaitement orchestrée, de cet ouvrage ; les indices placés çà et là pour que notre esprit vagabond et abasourdi puisse faire les liens là où et quand il le faut.  Un dîner entre voisins du quatrième étage, les conversations en anglais, l’entrée ici et le bouchon de champagne qui bondit tout seul au plafond alors que je fais la visite de la chambre en haut, les saveurs indiennes dans l’appartement d’à côté, puis le dessert sur le rooftop immense, avec sa vue sur Bruxelles à 360°. En rentrant, un peu ivre, je me surprends à penser encore en anglais, et je me retiens de dire I love you deeply , deeply, le mot me reste en tête toute la nuit. Une émission à la radio écoutée au petit-déjeuner, un auteur interrogé et son histoire qui me laisse un instant décontenancée, puis bouleversée. Je m’empresse de lui écrire pour lui dire, et, au détour d’une requête adressée à la providence, il m’invite à écrire dans sa maison des Vosges, songe déjà aux petits plats qu’il me concoctera. J’aime par-dessus tout ces échanges entre parfaits inconnus, ces promesses bienveillantes, à cœurs et esprit ouverts, sans réticence ni méfiance.

Juillet et puis neuf mois, trois fois trois, toi fois mois, une lettre manuscrite confiée en fin de soirée, quand nos pieds sont dans le vide, quelques formules mathématiques et cet aveu, tu es mon étoile polaire, qui me comble puisque c’est là ce que je souhaite le plus intensément ; rester pour lui, outre une alliée, ce point solide et lumineux même lorsque le monde s’ébranle et s’ébroue, cette main fermement accrochée à la sienne dans les sables mouvants, surligner l’essentiel lorsqu’il manque à l’appel.

Juillet et Paris, pour vingt-quatre heures ; ma bleue irradiant sur la scène, un dîner rue du paradis, des crêpes marocaines dans un jardin, trois coca dans des transats en plage urbaine au bord du canal Saint-Martin, un rendez-vous à l’hôtel Amour, une étreinte fugace avec elle, à la gare du nord, qui sort de son train alors que je rentre dans le mien, un somnifère à partager comme à notre belle habitude et sans lequel, j’en suis certaine, nous pourrions continuer à se parler, toute la nuit, sans discontinuer.

Juillet, et la maison de ma campagne à nous pour la semaine entière, rester dehors du matin jusqu’au soir, dîner trois fois à l’estaminet du village, s’occuper des chats de moins en moins craintifs et des chiens de plus en plus enthousiastes, observer le héron, les hirondelles, les rapaces, les chauves-souris, écouter les criquets, les crapauds, deviner des formes aux nuages, écouter David Bowie volume au max dans la grange muée en salon, rire à en avoir mal aux côtes, trouver que cet exil hors de la ville nous va plutôt bien, soupirer d’aise une bonne centaine de fois, nager nus dans l’étang recouvert de libellules, rester sur la terrasse jusqu’à ce que la pluie refroidisse nos peaux, apaiser nos coups de soleil et les piqures de taons avec de la crème à la figue, marcher longtemps, retrouver des croissants dans un sachet accroché en surprise à la poignée de la porte d’entrée.

Oublier, le temps de quelques jours, qu’il existe un monde en dehors de ce monde, ce monde verduré aux montres oubliées et aux nuits sans volet aux fenêtres, ne pas penser à ces jours qui, déjà, nous paraissent interminables jusqu’à la prochaine fois.10488592_555621821215423_184844838_n

 

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