Le blog de Victoire


2/06/'14

les oiseaux

Samedi, 16h27. Je suis assise dans le tram nonante-deux, face à cette vieille dame qui lutte, sans trop de succès, contre le sommeil. Sa tête bascule sur le côté, puis vers l’avant; elle a les cheveux blancs teints en noir, un béret de velours, un talisman autour de son cou, une main posée par sur sécurité son sac et l’autre sur un cadeau emballé aux couleurs de Noël. Elle se réveille au terminus, pose sur moi un regard au bleu mi-doux, mi-acier, prend le temps, avant de descendre, de saluer un enfant prénommé Oscar. Dimanche, 20h12. On dîne à l’ombre de ma campagne en admirant les rosiers. Lundi, 19h10. Au sortir du boulot, on sirote du rosé en parlant politique dans un jardin décoré d’ampoules à la guinguette. les parcs bondés à la tombée du soir, quand le soir, justement, n’arrive pas vraiment, et que la lune, anyway, trône  toujours, suspendue, en plein coeur de jour. Salut l’été prématuré, tu restes un peu, tu veux bien? Mardi, 20h05. On décide de prolonger la réunion à deux, sur une terrasse embouteillée; on se raconte des choses pendant un bon moment, on se promet de réitérer ça, souvent. Mardi, 22h10. L’air moite me colle moins à la peau que les plumes figées contre mon dos par un chagrin doux-amer texture goudron, le marchand de glaces carillonne, mes doigts sentent le tabac, les avions empiètent sur les oiseaux, sa voix multi-teintes me parle d’une fille dont le goût de métal lui reste sur les lèvres, on promet de se retrouver en Islande sur un coup de tête que j’aurai planifié une semaine à l’avance. J’écoute « la tempête », de Beethoven, toute la nuit. L’orage arrive. L’orage est là. Mercredi, 17h35. Je suis un peu nerveuse de la rencontrer pour la première fois, mes doigts déchiquettent la serviette en papier. Elle émane tant de calme, de bienveillance, et m’assure – c’est pourtant bien la première – que je parle comme j’écris. Mercredi, 22h12. On fume assis sur le rebord de ma fenêtre, les jambes dans le vide. Je l’embrasse dans le cou, il chuchote que demander de plus? 

Jeudi 17h52. Je passe chez moi en coup de vent, un bouquet de pivoines, mes préférées dont il s’est efforcé de retenir le nom, m’attend sur le pas de la porte. Quelques heures plus tard, on ne peut pas s’empêcher de danser, de battre la mesure avec nos mains, nos pieds, dans cette salle comble. Vendredi, 13H12. On se retrouve à la terrasse dite, on prend le temps de parler de tout, en long, en large; on évoque nos montées et de nos descentes respectives, on se confie, un peu inquiètes, que l’on doute que notre coeur, à terme, y survivra. Vendredi, 17H02. J’enregistre tout ce qu’elle me dit dans mon téléphone, deux-heures trente-six de paroles sages à réécouter à la prochaine tempête. Vendredi, 22H05. Je le serre contre moi. On a parlé d’amour, d’oiseau, et d’elle, l’envolée, évoquée pour la première fois depuis un long moment. Mais c’est beau un oiseau, il me dit, en riant. Terriblement beau, c’est vrai, terrible, c’est le mot. Samedi, 21h01. Je me promène pieds nus dans un restaurant sur un de ces carrelages désuets que j’affectionne tant. Samedi, 22H09. Un bouquet de lys m’attend sur le paillasson. Dimanche, 8h02. En partant voter, je rencontre un arc-en-ciel dans les escaliers. Lundi, 20h12. C’est une soirée improvisée pour tous les trois : pour elle, au piano, pour nous, aux fourneaux. Mercredi, 17H12. Je suis, à ma belle habitude, perdue dans mes pensées en marchant dans la rue, quand j’entends mon prénom scandé à plusieurs reprises; c’est elle, mon amie d’outre-Atlantique, elle a récupéré son accent québécois, on sautille chacune de notre côté de la route avant de s’embrasser. Jeudi, 22H35. On se lit tour à tour des chapitres de l’Alchimiste, dans un grand bain débordant de mousse. Jeudi, 23h12. Il me pose les bonnes questions, je m’effondre et sanglote bruyamment, des pleurs de petite fille provisoirement désincarnée. Il me répète je suis là, avec toi. Samedi, 01h12. L’ivresse nous emporte, il y a la fumée exhalée par les fenêtres ouvertes et le chauffage de la voiture augmenté au max. On décide de partir voir la mer. Samedi, 01h45. On s’arrête sur une aire d’autoroute pour acheter des bonbons, puis on décide de rentrer. Dimanche, 17H02. Je la retrouve à l’improviste dans un café. Ce n’est que la seconde fois, mais je pense que nous sommes déjà amies. Dimanche, 19H12. Il rentre avec un bouquet de fleurs sauvages cueillies à la sauvette sur le bord de la route.

 

Les oiseaux, qu’on se le dise,  ne peuvent s’enamourer que d’oiseaux. J’avais oublié, pourtant. Je suis, moi aussi, un oiseau, un drôle d’oiseau; ailes brûlées mais rafistolées, du plomb dans l’aile puis les ailes déployées, un pas en arrière pour l’élan – trois pas en avant, vers une liberté idéalisée et si possible simultanée. Des envolées qu’on n’aura pas volées. On se vole dans les plumes pour mieux se retrouver, si l’on n’est pas volatiles il faut savoir où nous chercher. On ne s’attend pas au bout d’une ligne droite – entre nous pas de distance à vol d’oiseau, mais ces détours qui font de nous des alliés entêtés, des ailés obstinés.

 

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