Le blog de Victoire


10/03/'14

like I’m not made of stone

 

Si tu perds pieds, accroche-toi avec les mains, m’écrit-elle de son côté de l’Atlantique. A mes signaux de détresse répondent mes amours en quelques secondes, d’une manière qui leur est singulière. Le soleil inonde la ville et si j’ai la peau dorée des jours d’été, à l’intérieur, un peu trop souvent ces derniers temps, il fait tour à tour glacial, hivernal et tempétueux.

Ma voisine de palier m’écrit de m’habiller chaudement, et me donne rendez-vous sur son balcon. La table est mise, les bougies allumées, des lampes de papier disposées ça et là. Les étoiles sont innombrables au dessus du ciel de Bruxelles, il y a la vue sur la ville immense, la musique indienne, ses récits de là-bas racontés dans des détails tels que l’on s’y croirait, et ses paroles qui me font tellement de bien que je regrette de ne pas pouvoir les enregistrer pour pouvoir les réécouter, encore et encore. Avant cela, il y a eu les pastéis de nata de ma cousine et le jardin public noir de monde, le soleil de ma campagne que je savoure d’abord en manteau avant de m’émietter progressivement et de lui présenter ma peau. Il y a mon nom sur un article papier et les remerciements de ceux dont il était question, ce garçon aux cheveux ébouriffés et au discours tellement passionné, les olives du marché, les deux heures passées avec ce grand maître de la littérature de jeunesse, le road movie au cinéma, les nuits d’insomnie et d’écriture, l’interview dans ce bistrot de mon quartier, inhabité si ce n’est par une joyeuse bande de quatre octogénaires en djellaba. Il y a eu cet appel et sa voix plus entendue depuis des mois, et ces quatre personnes qui, sans se concerter, me racontent que lui et moi nous ressemblons à un point tel que nous pourrions partager le même sang, nous qui, pourtant, n’avons physiquement rien en commun. Il me dit qu’il n’est sans doute question là que de flâteries de filles, je préfère penser qu’il s’agit peut-être, justement, de la définition précise de l’âme soeur.  Et puisqu’on a encore le temps et la possibilité, de nouvelles minuscules vacances improvisées; trois jours à la mer du Nord, l’air salin et vif, les joues rosies, les petits-déjeuners en terrasse, le lâcher de crabes sur le brise-lame et les promenades immenses sur la digue ou dans les ruelles bordées de pin, le temps passé dehors, l’un contre l’autre, sous les couvertures.

Je suis de ceux qui matérialisent les sentiments – qui les rendent effectifs – en les formulant. Aussi, dois-je parfois me faire violence pour vivre au jour le jour une histoire, et une routine quotidienne, aux concepts abstraits. Ce que je vis ne s’illustre pas en un, ou deux, ou trois mots; ce que je suis, ce que je deviens, n’est ni vraiment clair, ni vraiment défini.  Je pensais jusqu’alors qu’il existait un terme pour chaque chose, accompagné ou non d’un adjectif pour en souligner l’intensité, et cette vérité, faisant tout à la fois office de structure et de frontière, me rassurait. Je suis finalement, faut-il le croire, une fausse irrationnelle, un oiseau à la soif d’une liberté aux contours dessinés.

 

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Un commentaire pour “like I’m not made of stone”

  1. Ce que tu énonces brièvement, cette idée d’âme soeur, me parle tellement…
    J’ai lu et entendu des choses la dessus; notamment le principe révélant que quelque chose de chimique se passerait parfois entre des êtres. Une histoire de molécules qui se rencontrent en somme, quoi de plus encré dans la chair?!
    Le fait que cela nous bouleverse autant viendrait probablement du fait que l’on retrouve dans cet état, une osmose que l’on a ressenti il y a bien longtemps, lorsque l’on était dans le ventre maternel… un espèce de paradis perdu…
    Alors, Victoire, tes émotions me semblent bien légitimes…

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