Le blog de Victoire


18/12/'13

et la fois où tu as

Décembre nous ravitaille généreusement de lumière vive et de températures duveteuses, on ne croirait pas voir s’approcher de si près l’année toute neuve, et pourtant. On en profite pour s’offrir des exils à la mesure de notre temps libre, des exils à la campagne, des exils dans la forêt, des exils emmitouflés sous des couvertures avec du lait au miel. A ses côtés, je réalise que l’ennui n’existe pas vraiment, qu’il dépend, outre d’une curiosité naturelle et indispensable, de la personne que l’on accompagne. Qu’importe la teneur de nos activités, le rythme, effréné ou apaisé, de nos occupations; parce que je suis avec lui, je ne m’ennuie jamais. Et je trouve ça beau, quelque part, d’être de la sorte occupée et activée par nos simples présences entremêlées. Je profite tant que je peux de mes instants de liberté, je retiens tout, ressens tout, et pourtant, semblerait-il, il y parait peu sur mon visage. Je dégage une mélancolie certaine qui biaise l’idée que se font les autres de ma personne et il m’indique, avec raison, qu’il faudrait que je puisse rayonner tant à l’extérieur qu’au creux de moi, qu’on puisse déceler à travers mes prunelles, mon sourire, l’ampleur de tout ce qui s’anime, de tout ce qui bat, là. Alors je m’exerce petit à petit, à dévoiler, à l’aide de mes gestes et de mon faciès, autant qu’avec mes mots. On en discute encore et on refait le monde à la table d’un bar à vins avec ce pianiste strasbourgeois que j’avais applaudis avec tant d’émotion il y a cinq ans déjà; cinq ans plus tard, également, je retrouve ce garçon qui me propose un projet de livre pour enfants. Je me réveille de manière automatique, comme un robot, et devine l’aube à travers mes fenêtres verglacées, je laisse une lettre dans sa boîte, je lui fais la réflexion que ses caresses, ses gestes qui disent quand sa bouche se tait, me remplissent, littéralement, et forment dans mon ventre un réservoir d’énergie qui me tient pour des journées entières, j’emballe mes cadeaux de Noël, découvre les mots réconfortants de ma bleue, partage des préparations libanaises avec mes cousines, laisse des étoiles dorées sur son bureau pour son anniversaire, serre contre moi une vie d’à peine un mois et respire au même rythme que ses poumons minuscules, reçois un panier de confitures, de biscuits et de champagne de sureau entièrement homemade, j’allume des veilleuses dans l’obscurité de ma chambre, les avions laissent dans le ciel quelques cicatrices au petit matin, on s’offre un cinéma et on déjeune avec ce professeur qui, il y a quelques années, m’avait enseigné la créativité. Je me découvre une réelle tendance à la protection et à un certain maternage, je bataille contre sa fièvre avec les moyens que j’ai, je fais confiance à mon immunité et ose le peau à peau, on prend des douches à deux et on reste à l’abri de l’hiver jusqu’au rétablissement. Je pense aux belles paroles que je retiens souvent, pour nous préserver, le suspens et moi; je pense au jardin luxuriant qui doit avoir poussé au dedans de moi, à force, et je me demande à quoi peuvent bien ressembler les paysages à l’intérieur de ceux qui doivent ravaler de la haine ou de la colère.

Avec la fin de l’année arrive le jour de mes vingt-six ans. Je n’ai pas vraiment écrit, comme je me l’étais promis, de livre à mon âge charnière… Mais si c’est mon écriture qui, quelque part, l’a amené à moi, je pense que l’on peut considérer que j’ai esquissé, sans ni l’attendre, ni le prévoir, l’aventure d’un roman et le roman d’une folle et grande aventure.

 

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2 commentaires pour “et la fois où tu as”

  1. Tes mots, mon dieu… sublimes.

  2. Je ne me laisse pas de tes mots.

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