Le blog de Victoire


20/11/'13

Les aléas

Elle souriait l’autre jour à cette manie que j’ai de répéter à tout le monde qu’il y a, en ce moment et dans mon quotidien, des aléas. Considérer l’existence comme une suite d’aléas, c’est ma manière d’envisager ces aventures ou ces mésaventures qu’on n’attendait pas, c’est suivre la vague dans ses crêtes comme dans ses creux, conserver la tête hors de l’eau et maintenir le cap, vaille que vaille. C’est aussi, je pense, savoir apposer son rythme à celui d’autrui, lui accorder le temps qu’il faut, faire une pause pour se laisser rattraper, se laisser parfois glisser, tirer, porter.

Je glisse sur les aléas et je m’évertue à ce qu’ils glissent sur moi, je les reçois mais ne les retiens pas. Je choisis de me souvenir du reste, de la façon qu’il a de m’apprendre à cuisiner, de ceux qui disent qu’on se ressemble un peu, qu’il y a une certaine évidence à nous apercevoir à deux, de me souvenir des filles qu’on qualifie de comètes parce qu’elles sont aussi lumineuses que fugaces, de cette demoiselle, lue depuis un moment et rencontrée la semaine dernière en vrai par un hasard qui n’en est évidemment pas un, et lui avouer, plus tard, qu’elle ressemble à ses mots, me souvenir des traditionnels brunchs du dimanche et de la quête de l’endroit qui nous en fournira un remarquable, du mariage annoncé de mon grand-frère, de la grande promenade dans ma campagne avec pour chacun une corde reliée à un loup dans une main, et l’autre main dans la main de l’autre, de mes cousines sur le chemin, l’alcool de cerises et les grandes présentations, me souvenir de l’apaisement que provoque mon écriture sur lui, mon écriture littérale, je veux dire, avec le frottement de ma main sur le papier, le son irrégulier selon la longueur du mot tracé, et parce que lorsque je rédige il s’autorise enfin à ne plus penser, me souvenir du chocolat chaud partagé avec elle trois jours avant l’arrivée de son bébé, et de son enfant, justement, dont le prénom symbolise l’océan, de cette vie minuscule entre mes bras, et de cette sensation que, finalement, rien ne compte à part cela. On a terriblement mal à s’extirper de nos bras et de nos draps, on enclenche une playlist sunny lorsque le soleil filtre à travers les stores, on se mue en boucliers contre les démons de l’un et de l’autre, on se laisse des lettres ou bien une fleur sur le volant de la voiture, on se complète par nos différences, on se retrouve au supermarché avec un livre de recettes pour nous inspirer, on s’accorde des bains gigantesques, on s’apprivoise l’un et l’autre mais aussi l’un sans l’autre alors je, je retrouve ma bleue pour un week-end qui démarre le samedi et termine le lundi, je réalise comme à chaque reprise à quel point elle me porte et elle m’apporte, je reprends souvent ses citations en lui répétant qu’il faudrait en faire des chansons, des frissons me parcourent l’échine quand j’aperçois ma nouvelle star qui irradie à la télévision, je le retrouve enfin autour d’un plat coréen, j’écoute sa vie en quinze minutes montre en main avec un verre de vin, je déniche la chaise parfaite pour trois pièces argentées au marché aux puces, je partage avec des gens inspirants et inspirés, je réveille, seule ou avec d’autres, les projets endormis.

Je m’anime, anime comme l’anagramme d’aimer, s’animer et puis s’aimer soi-même, parce que c’est déjà bien, pour commencer.

Partager sur Facebook, Twitter & catégorie(s) : Boîte à histoires, Everyday's Love

3

3 commentaires pour “Les aléas”

  1. Je n’entends pas le bruit de ta plume sur le papier mais tes mots m’apaisent quand même. Je suis terriblement d’accord avec cette façon de voir la vie. Ses aléas. Ses hauts et ses bas. Et conserver le sens du merveilleux. Quoi qu’il arrive. Des bisous.

  2. Et rencontrer Amélie, chanceuse 😉

  3. Ma douce, cette dernière phrase me fait chavirer.
    C’est si beau, M E R C I.
    Des bisettes au-delà des montagnes

Laisser un commentaire