Le blog de Victoire


28/11/'13

en demi-teinte

Novembre mise à l’excès sur l’entre-deux, plus tout à fait l’automne et pas vraiment l’hiver non plus, trois-quarts de grisaille et un seul de lumière, à demi glacé et à demi cocon, moitié d’ivresse et moitié de chiffons, semi éveillés et semi assoupis, peaux pâles et joues rosies, un pied en arrière et l’autre en avant, mi-figue, mi-raisin et mi-fugue, mi-raison. La morosité, ceci dit, se laisse volontiers dépasser : par le manque puis par la hâte de se retrouver, par les quinze pots de confiture alignés sur la table du petit-déjeuner, par nos nids respectifs partagés à égalité, par l’étreinte d’une dizaine de seconde volée avenue du onze novembre et par le mot laissé dans sa boîte aux lettres qui rappelle auprès de toi toujours, par la performance de ce groupe belge qui m’a fait vibrer de la tête aux pieds au moins autant qu’il y a dix ans, la scénographie folle avec l’Everest et les étoiles, ou par ce soir là où j’ai débarqué les bras chargés de sushis multicolores avec la ferme intention de nous remettre à toutes les deux le cœur à l’heure, parce que deux de mes amis, sans se concerter, m’ont offert des thés d’automne pour me réchauffer, par le restaurant italien où on n’y comprend rien parce que tout est en italien et c’est très bien, par cette petite demie-heure à rester tapie et dissimulée dans sa chambre en m’efforçant de ne rien écouter, parce que les brunchs homemade valent bien davantage que tous les autres et pour l’amour en pleine lumière sous la verrière, pour l’escapade vers la côte le dimanche soir, s’éclipser le lendemain matin et aller voir la mer avant que le ciel ne nous tombe sur la tête, s’arrêter à Anvers sur le chemin du retour, marcher le nez en l’air et détailler l’architecture de la ville, par les conversations sans détour et sans interdit, par les retrouvailles avec les copines de l’université et par la séance au cinéma parce que ça faisait longtemps déjà, par le cacao acheté à la sauvette à l’épicerie du coin et par ce film et les débats d’une heure qui ont suivi ensuite, par le projecteur défectueux qui dessine des constellations sur les murs blancs de son appartement, par cette facilité que j’ai à m’endormir rien que d’avoir ses mains posées sur moi et par le premier dîner confectionné de bout en bout par mes petites mains, son sourire et ma fierté, le bain brûlant pour nous achever et les oiseaux qui chantent à minuit et décident de l’aube avant l’heure. Novembre, c’est du moitié-moitié, du semi-semi, du cinquante-cinquante; en novembre, définitivement, le ciel est blanc, le ciel est blanc cassé.

Demain décembre et on bascule, on fait valser la balance dans le meilleur des sens.

 

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Un commentaire pour “en demi-teinte”

  1. Oh oui, vivement décembre que l’on fasse valser la balance! bises Victoire…

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