Le blog de Victoire


16/10/'13

no the high won’t hurt here

 

Il faut considérer les cercles vertueux avec une précaution tout à la fois légère et assidue, en tenir les contours du bout des doigts pour les garder autour de soi; l’ivresse est un hula hoop particulier, à garder en mouvement permanent par un déhanché prudent. Je suis entrée dans la danse il y a presque deux dizaines de jours déjà, et je veille scrupuleusement à conserver le rythme.

 

J’ai accepté hier cet emploi dans une galerie d’art où nous travaillerons à trois, j’ai été voir cette pièce de théâtre qui disait plutôt mourir que la fin de l’amour, j’ai bu un thé au citron avec un éditeur prometteur, j’ai vidé une bouteille de vin avec ma voisine de pallier en discutant de ceux qui font partie de la confrérie des éveillés, j’ai organisé une rencontre pour faire avancer des projets qui ne m’appartiennent pas. J’ai emmené mon filleul, fier comme un paon pour l’occasion, voir un dessin-animé au cinéma, fêté des anniversaires et la naissance imminente d’un enfant.

 

Nous sommes deux à valser, forcément, deux à valser serrés ou chacun de notre côté, mais deux, définitivement deux. Sans pudeur ni réticence, nous nous autorisons l’un et l’autre à mettre tout sens dessus dessous : un tri gigantesque dans son appartement et des années de vie entassées à la déchetterie, le lit face aux fenêtres immenses et les bougies allumées, des secrets dévoilés et une transparence absolue, des grandes présentations, une pizza en milieu d’après-midi, un bain gigantesque en grignotant des tartelettes aux framboises ou au citron, un brunch le dimanche, des pistolets à la confiture dans un café bruxellois et un tour au marché aux puces, des heures à se parler mais d’autres aussi à se taire, à œuvrer l’un à côté de l’autre à nos affaires respectives, chez moi comme si c’était chez lui et chez lui comme si c’était chez moi, des bouteilles de vin aux noms emblématiques, toutes ces choses que l’on devine sans se les dire, ces pensées simultanées, ces leçons d’existence que l’on se donne l’un à l’autre et l’admiration mutuelle, les dialogues légers et les grands éclats de rire, la manière qu’il a de m’inciter à cesser de me cacher – avec mes mains, mes cheveux – et à fixer le monde droit dans les yeux, l’exaltation des débuts mêlée à un sentiment de toujours, d’infini, la désormais coutume de s’embrasser dans la voiture à l’abri de la pluie, les nuits d’amour comme s’il s’agissait là des premières et une intensité à en pleurer, ma féminité, assoupie depuis un temps infini, éveillée enfin au propre comme au figuré. On essaie de quantifier ce qu’on fait basculer l’un chez l’autre : on désigne du bout des doigts ce qu’il y a derrière notre front, sur nos lèvres, dans la poitrine puis tout autour de nous. On valse, donc, les pieds légèrement au-dessus du sol, mais l’atterrissage s’amorce en douceur; on récupère les quelques besoins terrestres qu’on avait laissé de côté jusqu’il y a peu, on éprouve à nouveau le besoin de manger, de dormir, d’avancer. On se laisse bien volontiers emporter, dans une tempête ardente mais avec beaucoup de vents rafraichissants, pour que jamais le feu ne nous brûle, pour qu’il nous tienne au chaud longtemps.

 

 

 

 

 

 

3 commentaires pour “no the high won’t hurt here”

  1. Et ces mots qui me mettent les larmes aux yeux ; le Beau, le vrai.

  2. Sublime. Je ne suis pas sûre d’avoir déjà lus de plus beaux mots sur les débuts d’une relation amoureuse.

  3. Tu me fais rêver Victoire… On espère tous un jour vivre cela, je suis heureuse que cela t’arrive aujourd’hui à toi… ♥

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