Le blog de Victoire


30/10/'13

la vie tout à coup

 

Des sursauts : d’allégresse, d’ivresse, d’appréhension, d’épuisement, d’exaltation. Des sursauts dans mon quotidien, quand j’observe la tempête par les fenêtres de ma campagne, quand je réalise, pendant le concert d’Alex Beaupain, que je connais toutes, absolument toutes les paroles par coeur, quand je bois avec elle un thé de Noël bien avant l’heure, quand je ramène un plat africain à ma voisine de palier qu’elle agrémente en y ajoutant quinze épices différentes et d’affilées sans jamais goûter, quand cette toute petite fille, voyant une de mes photos, s’exclame que je suis toute dessinée et se demande si j’existe en vrai, des sursauts quand les grandes présentations se font les plus imprévues et quand on observe les nuages filer à vitesse grand V au travers de la verrière, quand à la la lueur d’une seule bougie les frissons recouvre notre peau d’une seconde peau, piquetée et vulnérable parce qu’elle le veut bien et quand, à cinq heures du matin, son ventre contre mon dos provoque un éclat d’électricité en une demie-seconde, des sursauts quand il répare tout ce qui cloche chez moi, au propre comme au figuré, chez moi dans mon nid et puis chez moi dans mon moi, des sursauts quand la psychologue me regarde avec ce sourire qui dit vous pouvez y aller maintenant, quand je l’emmène déjeuner au sommet des arcades, vingt degrés en plein mois d’octobre et une vue sur notre ville toute entière, des sursauts quand, avec les copines, on s’encourage à se dire des paroles douces parce qu’on ne le fait pas assez, et des sursauts dans cet environnement dans lequel j’ai tellement de chance d’oeuvrer au quotidien, cet endroit qui selon leurs dires ressemble à chez moi, avec celle-ci qui m’appelle ma perle et cette autre qui croit suffisamment en moi pour contrecarrer tout ceux qui ne le font pas, avec ces belles rencontres au quotidien, de personnes que j’admirais déjà ou d’autres encore que je sens si bien et que je découvre avec joie. Des sursauts quand, au milieu de la nuit, j’ouvre brusquement les yeux avec une idée de livre, et lui qui se réveille presque instantanément, dévale les marches quatre à quatre et réapparait avec trois carnets et quatre crayons différents, dans cette page que j’ai noircie dans tous les sens pendant qu’il se rendormait contre mon épaule nue, dans le petit-déjeuner apporté à l’aube à ma grand-mère et dans cette rencontre, ou plutôt cette re-rencontre avec cette demoiselle, celle avec qui nous avons passé des années côte à côte sans jamais nous parler pourtant, celle qui fait partie, indéniablement, de la communauté des éveillés. Des sursauts dans ce morceau d’après-midi à écouter ceux-là qui changeront peut-être le monde, dans ce voyage réservé à la sauvette et que je tiens à garder secret le plus longtemps possible, dans le passeport délivré en urgence et dans le rendez-vous chez le coiffeur pris ensemble, dans les petites philosophies de milieu de nuit et dans le rythme de l’un et puis de l’autre qu’il faut appréhender à deux. Des sursauts dans ce froid que je peux ressentir quand je me retrouve seule, comme si ma température corporelle s’était adaptée à être tout à la fois soutenue et partagée, et dans ces incertitudes, prises pour des faiblesses, qu’il faut transformer en forces, et je t’apprends les mathématiques et tu m’apprends la vie, lui attraper la main et l’inviter encore et encore dans la valse lente mais progressive, prudente mais intense. Des sursauts quand il m’apprend à oser cuisiner, des sursauts dans ce pull enfilé par dessus mon pyjama avant de sortir dehors, dans le vent qui s’engouffre sous mon t-shirt immense, dans ce dîner avec mes vieux copains et quand tous s’accordent à dire qu’ils ne m’ont jamais vue aussi rayonnante, dans la pluie qui joue les concertos, qui joue les concerts d’eau contre mes fenêtres.

Lundi nuit, j’arpente et découvre mon quartier dans le noir. Les maisons sont toutes plus belles les unes que les autres, les restaurants turques en enfilade laissent s’échapper quelques odeurs épicées. Au premier cours de yoga auquel j’assiste, un très grand et vieux monsieur à la peau d’ébène sourit aux présentations, en entendant mon prénom. Un sacré cri de guerre, il me dit, et je crois qu’il a raison. Un certain décalage horaire que la vie à deux, un passage en douceur à l’heure d’hiver, un tempo à prendre et des sursauts à apprivoiser, des sursauts d’allégresse, d’ivresse, d’appréhension, d’épuisement, d’exaltation, des sursauts de vie, finalement : la vie tout à coup.

 

 

 

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2 commentaires pour “la vie tout à coup”

  1. Merci

  2. C’esttrèsbeau. Encore et encore.

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