Le blog de Victoire


15/09/'13

la vie au nid

Un peu plus de deux semaines, déjà, que j’habite dans cet endroit ce que j’aime à appeler le nid, un nid certes immense mais cotonneux, aux teintes pâles et aux recoins baignés d’une lumière folle, la même, dit-elle, qu’on observe par les hublots des avions quand on dépasse le barrage de nuages gris. D’où que je sois assise dans le nid, j’aperçois les humeurs du ciel. Allongée sur le canapé, juste en dessous de la verrière, je distingue quelques étoiles malgré les lumières de la ville, et lorsque au petit matin j’ouvre en grand les fenêtres de ma chambre, je vois et j’entends Bruxelles encore toute ensommeillée, qui s’étire – au propre comme au figuré – sur des kilomètres. Il paraît que l’hiver, lorsque la neige recouvre le plafond de verre, le nid prends des allures d’igloo. Un chat au pelage cacao au lait et aux yeux bleus bleus bleus fait siennes les différentes pièces du nid. A., ma voisine de palier, m’invite à manger une salade de mangues dans son appartement qui sent bon l’Inde, à boire un verre d’eau sur sa terrasse, me sauve la vie à l’aube lorsque je m’enferme hors de chez moi en pyjama, manie merveilleusement bien mon piano avec des mélodies qui monte, dirait-on, par delà les plafonds immenses. Dans nos regards respectifs, une bienveillance et une confiance instantanée; en cas de besoin, nous nous échangeons nos clés. Je sais déjà que je ne serai jamais seule ici.

Septembre est là, c’est la rentrée. Un bandage enserre ma cheville droite et je ne sais pas sur quel pied danser. Je cherche à tâtons la juste direction à emprunter. En attendant de la trouver, je dévalise, non sans une certaine fierté, le concept store ouvert tout récemment par mon grand-frère et son amoureuse, j’emmène ma C. de Montréal manger un stoemp dans un bistrot bruxellois en écoutant du Brel, je retrouve ceux qui m’auront manqué tout l’été, j’accueille mes amours pour des brunchs, des goûters, des tasses de thés, j’apporte des sushis à D. et j’embrasse son bébé, j’immortalise quelques instants d’un mariage sublime et reçois en remerciement une rose du bouquet de la mariée, des biscuits multicolores, un pot de confiture d’abricots. A. m’offre pour le nid une lampe qui peut colorer les murs en toutes les couleurs du spectre. Je croise, ça et là, beaucoup, beaucoup de gentillesse : dans le taxi, à l’hôpital ou encore dans cette boutique où je me fais conseiller par ce garçon qui retrouve aussitôt ma trace et m’écrit le lendemain matin.

Voilà, si je ne sais pas où je vais ni quelle route j’emprunterai demain, je sais qu’il y autour de moi des murs solides qui portent déjà mon parfum. Et c’est déjà bien.

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3 commentaires pour “la vie au nid”

  1. Heureuse de lire que tu croises de la gentillesse : il faut bien ça pour survivre à la rentrée !

  2. Ton nid me fait mourir d’envie Victoire ! Et tes rencontres toujours si particulières aussi.

    (Et puis aussi. « Merci ». http://supercalifragile.bloxode.com/2647835,shooting-stars.html )

  3. Qu’il a l’air doux ce nid Victoire…

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