Le blog de Victoire


2/08/'13

and if you want to live high, live high

Août est là. Je me doute que la balance entre le temps passé ici et celui qu’il me reste penche dangereusement d’un côté, mais je m’empêche de compter les jours qu’il me reste d’ici mon départ. A. termine sa nuit de garde lorsque j’entame ma journée. Dans le bistrot où je m’assois régulièrement pour écrire, il y a ce garçon qui me pose une nouvelle question à chaque fois qu’il vient remplir mon verre d’eau. Tous les mercredis, sur la place entre le musée et la cathédrale, il y a un petit concert en plein air qui dure une heure, une heure exactement : de dix-sept heures aux cloches de l’angélus. La semaine dernière, on y écoute Guillaume Arsenault. Le fleuve expire un vent glacial, A. et moi nous serrons l’une contre l’autre, elle me confie, c’est fou de sentir ta chaleur alors que d’ordinaire un océan nous sépare. Après le concert, je m’en vais complimenter l’artiste, et, un billet en main, décide de m’offrir son album. Cet album qui s’appelle ton dictionnaire du bout de la terre contient quatorze pistes dont la première s’appelle Victoire. L’exilée littéraire que je suis, réfugiée outre-Atlantique pour s’essayer à écrire un livre, rit de ce hasard qui n’en est forcément pas un. Le lendemain matin, on petit-déjeune de céréales multicolores et j’écoute les mille-et-une histoires de K. qui est une conteuse hors pair. On parle, entre autres choses, d’Afrique et de libellules tenues en laisse. Un peu plus tard, on embarque à quatre dans le 4X4 de F. et on se met en route vers le chalet qu’il a bâtit de ses mains. Au milieu des bois, on fait fondre des guimauves sur le feu, on attrape quelques étoiles filantes, on lit à voix haute au bord du lac cette histoire virtuelle qui ressemble à s’y méprendre à la mienne, on déjeune de crêpes aux framboises, on aperçoit des chevreuils et on devine à demi-mots tout le beau monde qui peuple la forêt. On espère tout bas apercevoir le lynx qui rôde par là. Les hululements des huards contribuent à parfaire le décor. Au retour, on dîne au restaurant en observant P. qui s’affaire derrière les fourneaux. Le dimanche se veut mélodique de bout en bout : au brunch, il y a ces musiciens dont j’avais justement acheté l’album la veille, et au dîner ces autres qui font danser presque toutes les filles présentes ce soir là. K. dessine sur une serviette en papier ce qui fait tambouriner un peu mon coeur, lui aussi en vacances. Quand tout le monde dort encore, je laisse un mot sur la table haute et discute un petit peu avec la voisine en attendant P. Pour les paysages tour à tour baignés de lumière, nappés de brouillard épais ou sous les orages, on choisit une route secondaire vers la ville de Québec, on refait le monde et on s’arrête chez quelques antiquaires en chemin. Là-bas, je troque la compagnie d’un magicien de rue par les grandes retrouvailles avec G., ce garçon que j’avais rencontré dans l’avion pour le Canada il y a presque un an. Salem, son chat noir vraiment noir, m’observe sans pudeur pendant que je prends ma douche. A. m’attend avec un petit-déjeuner de reine, et m’emmène découvrir sa ville en me racontant les histoires des moindres recoins. En bonne touriste assumée, je m’offre du baume à l’érable et des mocassins d’Inuits. Je retrouve P. qui m’emmène faire le trajet inverse, on attrape en chemin deux auto-stoppeurs de vingt ans, en route pour les îles. Au retour à la maison, oui, à la maison, les filles ont cuisiné des plats indiens et du pouding chômeur repose dans le four. On s’installe pour admirer le crépuscule face à des paysages irréels, mes prunelles ne se lassent pas de tant de beauté alors que mon esprit a très très peur d’oublier. On déjeune à la Marina en regardant les bateaux accostés, nos éclats de rire conversent de manière au moins aussi efficace que nos silences entendus. Quand je culpabilise de trop vivre au lieu de travailler à mon livre, P. me rassure en disant qu’en attendant je ramasse du matériel, et je crois qu’il a raison. On chante à longueur de journée, du Cat Stevens ou des paroles qui disent places to go places to stay.

Comme l’année dernière, l’ivresse que je ressens en séjournant au Canada, la gourmandise de l’instant que je dévore sans songer au suivant, me fait m’interroger sur les possibilités d’une quotidien, un sans arrivée et un sans départ, ici. Avant d’envisager une telle décision, j’aimerais songer à ce qui m’anime de la sorte, le ramener dans mon pays et l’étendre par delà les frontières.  Ici comme ailleurs, et pour ceux qui savent les apercevoir, les constellations veillent.

 

2 commentaires pour “and if you want to live high, live high”

  1. J’aime tes quotidiennes mais les instants que tu gardent et entremêlent ici ont une saveur encore plus acidulée. Ca fait du bien de lire la toute petite vie jolie, le bonheur juste là, au creux de soi, au creux de toi.

  2. Quelle belle escapade, pleine de vie, d’émotions et de découvertes… ramasses, ramasses…. ♡

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