Le blog de Victoire


11/07/'13

boy don’t miss the train

Voilà, on y est : à la veille du départ. Mon entre-deux bruxellois marquant la frontière entre la Bretagne et le Canada aura filé comme en une journée. Samedi dernier, il y a eu cet événement organisé autour de notre beau magazine, des ballons blancs jonchant le carrelage désuet de la galerie Up,  beaucoup de talent sur les murs et surtout dans l’air, ces quelques dizaines de têtes inconnues et cette question sur nos lèvres, qui sont tous ces gens qui nous lisent ? Avant l’heure dite, nous étions assis dans la petite cour derrière la galerie. Je regardais notre équipe et je me suis sentie terriblement fière de faire partie de ces gens-là, de nous savoir liés autour d’un projet de si belle envergure. A minuit passé, il y a eu quelques larmes, et des applaudissements entre nous, un verre imaginaire levé à la santé de ce qui a été, aux promesses surtout de ce qui sera. Je ne dors que quelques heures et me lève à l’aube pour ne pas perdre une miette de cette journée d’été, de vrai été, que je passe allongée sur l’herbe dans ma campagne. Je passe voir Orion, mon chaton au nom de constellation, et lui donne rendez-vous sous la verrière à la rentrée. Mon appartement est de plus en plus vide, il ne reste plus une assiette, plus une fourchette, alors j’ai passé à la semaine à partager les repas clandestins au grand air : un petit-déjeuner au soleil, assises sur la place avec E., et sur cette même place plus tard quelques cacahuètes avec D., des sushis avec mes cousines sur la pelouse du petit parc, du jus de pêche sur trois trottoirs différents avec ma M. avec qui j’ai discuté sans discontinuer pendant quatre heures d’affilées, un dîner sarde arrosé d’un vin rouge vraiment, disons, costaud, un thé glacé sur une terrasse avec G., ce garçon avec qui je communique virtuellement depuis de longues années et à qui, dois-je le dire, la réalité sied fort bien, et puis dans ce jardin, tellement inattendu en plein cœur de ville, de ce restaurant slow food qui s’appelle l’imagin’air. L’autre soir, je me serais damnée pour un sorbet citron et le glacier venait juste de fermer boutique; alors j’ai toqué timidement à la grille et ai préparé mon regard le plus suppliant. Je suis repartie triomphante et nous avons lapé notre butin au bord de l’étang. Un peu plus tard, c’est un thé que nous partageons dans l’unique tasse qu’il me reste avec l’unique fond de thé au lait, aussi, assis au milieu de mon salon vide, sur le parquet froid. J’ai essayé de faire mes grands au revoir au plus grand nombre de mes amours, de visu, par téléphone ou par écrans interposés. J’ai regardé Léon, encore minuscule, qui le sera tellement moins l’été dépassé, et son parfum de bébé au creux de mes bras dont je ne me lasse pas. J’ai dans mes bagages des tonnes de gourmandises belges, un cadeau de mariage, deux exemplaires de la Plage d’Ostende, des carnets, du thé glacé et beaucoup trop de vêtements, forcément. L’année dernière, je versais quelques larmes après la porte d’embarquement, terrorisée par l’inconnu qui m’attendait alors. Je me demande qui je serai encore après ce double exil sur deux continents opposés au mien, si j’aurai sous le bras un manuscrit, dans le ventre des papillons ou un enfant qui sait, mais sans aucun doute dans mon esprit il y aura beaucoup, beaucoup d’envies, immensément, terriblement, en vie.

 


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