Le blog de Victoire


28/06/'13

pacotille sans chichi sans dentelle

 

C’est drôle, lui disais-je, comme tout fiche le camp en même temps. Ton passé, ton futur, ne reste plus que ton présent, m’a t’il répondu. Et au présent je lève les voiles, je prends le large, au présent, je me fais la malle, au présent, heureusement.

Chaque matin de cette semaine, j’ai ouvert les yeux en me demandant pendant de longues minutes où je me trouvais, quel jour on était, ce que j’allais « devoir » faire de ma journée. La liberté ne se laisse pas facilement, semblerait-il, apprivoiser. En quelques jours, toutes mes affaires étaient empaquetées, comme si c’était urgent, pressé. Entre les cartons, quelques rendez-vous doux, de visu ou par écrans interposés, des fraises, deux gâteaux au citron, un massage kilométrique aux pierres brûlantes, deux concerts dont un un brin soporifique, un parfum de crêpes, une visite à mon grand-frère, mais pas de danse pour cette fois, dans cette boîte de nuit du centre ville, des réunions de travail, des hasards qui n’en sont forcément pas, des discussions de vacances avec le garçon qui tient le petit restaurant japonais et qui a des yeux où il fait bon de se perdre un peu, après moi le déluge à la chaîne dans mes oreilles, l’annonce du grand départ de S. qui s’en va pour un an à Valence et la joie que je ressens pour lui à cet égard, des tours d’horizons en retrouvant des amis perdus de vue depuis une vie, un dîner improvisé chez mes voisins de paliers, prosecco et autres mets italiens. Au petit matin hier, mes cousines, les paupières encore lourdes et des croissants sous le bras. Mes cousines autour de ma table, puisque c’est à peu près tout ce qu’il reste chez moi : une table, oh, et un lit. Quelques heures plus tard, autour d’un déjeuner, on refait le monde à notre belle habitude avec S. Et pour après, il me demande, et je réponds après, oh, après, chercher du travail dans tel et tel et tel et tel domaine, ramer un peu, sans doute, mais lui confier que si en attendant de trouver je dois faire n’importe quoi je ferai n’importe quoi, que ce ne sera pas bien grave. Là, l’homme à la table d’à côté intervient en me disant qu’il ne faudra peut-être pas que je passe par la case n’importe quoi, j’écris mes coordonnées dans son agenda et il les entoure quatre fois au feutre noir, il s’en va en promettant qu’il me recontactera. L’après-midi, ma L. me tire de ma cage vide où j’enrage comme un tigre et m’emmène siroter un coca, assises pour une petite demi-heure sur les chaises Eames de ce café so chic. Une heure plus tard, c’est la bagarre doucereuse et douloureuse des joutes verbales à coups de métaphores, j’ai peur d’une vie sans passion, me dit-il, j’ai besoin de feu, il ajoute, et à moi de répondre qu’après le feu ça se consume et il ne reste rien, comment quitte t’on une fille avec qui l’on est pas vraiment, puis, regardant mes colliers à nouveau entortillés, il m’appelle V. l’emmêlée. Il s’en va et il ne reste que moi, moi dans mon appartement dépouillé, le silence assourdissant, l’orange des murs m’aveugle, moi d’ordinaire si confiante en mes intuitions, moi la fourvoyée, moi qui n’a pourtant que faire de l’orgueil, je perds pieds. Je me demande si c’est ce que je mérite, après coup, si pour avoir brisé un coeur il y a quelques mois de cela il fallait que l’on me brise le coeur, voilà, il y a un retour de flammes alors qu’il n’y a pas de feu, c’est, quoi déjà ? Ah oui, coquin. Je me demande si les bris de coeur peuvent se quantifier, je veux dire, un coeur qui bat trois ans ou un autre qui bat trois mois font-ils le même son à la fêlure ? Il ne se passe pas trente minutes avant que je me retrouve à une table, avec des tapas et beaucoup de vin, avec ma G. et ma P. à la rescousse qui ont abandonné, pour me retrouver, toute activité en cours. En rentrant je croise M. qui me répète ça va aller, je parle avec mes amours parisiens qui me répètent ça va aller, entre deux bercées D. m’envoie quelques pensées, A. m’écrit de Montréal des mots qui font rougir puis je m’endors sans vraiment m’endormir.

L’écran bancal de la salle de sport passe en boucle des images du Québec, A. m’écrit qu’elle a hâte de me faire découvrir cet endroit, les promenades à vélo au bord du fleuve, aller déjeuner à la marina et voir les bateaux, goûter aux meilleures crèmes glacées du bout du monde et croiser les sourires des gens les plus accueillants que t’auras jamais vu,  et mon ami écrivain d’ajouter quelques petits jours encore, et tu reprendras vie drette icitte, près du grand fleuve bleu-vert et Saint-Laurent… L’air salin saura te bercer et te respirer, comme un grand-père tendresses aux yeux bleus bleus bleus… Et tu te sentiras tout à coup ragaillardie, et, surtout, tu voudras porter ton short ciel à pois blancs pour aller marcher sur la grève, près des bélugas… Tu verras, fais-moi confiance, le fleuve est un repriseur de coeur hors pair… Un magicien… Tu verras, ma fille, et tu sauras me le dire… N’oublie pas que je suis né dans un village tout près de l’eau salée, je sais de quoi je parle… Fais confiance au fleuve qui s’en vient, tout près tout près, très très bientôt, Soie.

Je pense que l’exil est proche, il est temps, oui, c’est le temps de l’âme déménagée.

2 commentaires pour “pacotille sans chichi sans dentelle”

  1. <3 <3 <3

  2. Et dans les coeurs amis des coeurs qui se brisent, ça fait des échos douloureux.
    Je t’envoie mille douceurs et autant de sourires.

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