Le blog de Victoire


9/06/'13

La passion dans un pan de mur

L’autre nuit, j’ai été pour la dixième fois au moins la témoin involontaire des tempêtes de deux de mes voisins. Ceux-là s’expriment toujours en milieu de nuit, de différentes manières : parfois ils font l’amour, d’une façon qui, de là où je suis, semble un petit peu mécanique. Parfois ils se disputent, mais je n’entends que le timbre de la dame, qui crie à certains moments, supplie à d’autres. Cette même voix féminine pleure souvent : de gros sanglots, très bruyants, trop bruyants pour ne pas vouloir dire : regarde moi, j’existe. Parfois les objets volent, souvent j’ai peur pour eux. A bien y réfléchir, je ne vois sincèrement pas de qui il peut s’agir : ça ne peut pas être les voisins du dessous, ni du dessus, ni d’à côté. J’en ai conclu qu’une passion devait exister dans un pan de mur, à l’abri des regards : ils vivent une fusion là, emmitouflés dans les briques. Quand ils se détestent, on les entend, c’est assourdissant. Mais j’imagine qu’ils s’aiment immensément, la plupart du temps… Qu’ils se regardent et s’étreignent à l’infini, sans, bien sûr, le moindre bruit. Et ce que ce doit être dévorant, de l’amour étouffé dans le ciment.

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2 commentaires pour “La passion dans un pan de mur”

  1. Certains couples se nourrissent de ça, de calmes et de tempêtes, c’est leur carburant et leur fonctionnement, une montagne russe sentimentale 🙂

  2. Tu es sans doute ma voisine. Ce texte me touche tellement là, ce matin. J’ai été cette fille qui crie et qui supplie pendant tellement d’heures ce week-end. Limite les larmes aux yeux en lisant ton texte. Je ne sais pas quoi dire d’autre <3

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