Le blog de Victoire


26/06/'13

écrits vains

Je confiais tout à l’heure à mon amie M., partageant avec elle une limonade à la fleur de sureau, ma crainte de ne pas y parvenir. De ne pas revenir de l’outre-Atlantique avec un manuscrit sous le bras. De ne pas réussir à l’écrire ensuite sous la verrière. De ne l’avoir pas écrit, ce livre, à vingt-cinq ans, comme j’en ai fait le serment. Ni à vingt-cinq ans ni jamais, d’ailleurs. Nous évoquions tout à l’heure, avec mon ami écrivain, l’heure de nos retrouvailles. Que fêterons-nous, m’a t’il demandé, la fin de tes études ou le début de ton roman ? Et si je n’étais capable de ne dépeindre que de manière fugace ces instants fugaces, justement, qui composent mon existence.

Comme mes réflexions n’arrivent jamais, mais alors jamais, sans quelques réponses elles-mêmes tour à tour questions, j’ai relu ces mots-là, d’André Gorz, cet après-midi.

 » (…) un flux de mots cherchant leur ordonnancement le plus cristallin ; des bribes de phrases continuellement remaniées ; des aurores d’idées menaçant de s’évanouir si un symbole ou un mot de passe ne réussit pas à les fixer dans la mémoire. Aimer un écrivain, c’est aimer qu’il écrive, disais-tu.  » Alors écris !  » (…) Ce n’est pas ce qui l’écrit qui est le but premier de l’écrivain. Son besoin premier est d’écrire. Ecrire, c’est-à-dire se faire absent du monde et de lui-même pour, éventuellement, en faire la matière d’élaborations littéraires. Ce n’est que secondairement que se pose la question du « sujet » traité. Le sujet est la condition nécessaire, nécessairement contingente de la production d’écrits. N’importe quel sujet est le bon pourvu qu’il permette d’écrire. (…) J’écrivais pour conjurer l’angoisse. N’importe quoi. J’étais un écriveur. L’écriveur deviendra écrivain quand son besoin d’écrire sera soutenu par un sujet qui permet et exige que ce besoin s’organise en projet. Nous sommes des millions à passer notre vie à écrire sans jamais rien achever ni publier. « 

Ah, me voici bien avancée.

Partager sur Facebook, Twitter & catégorie(s) : Boîte à histoires, Everyday's Love

2

2 commentaires pour “écrits vains”

  1. Ca fout la trouille de se dire qu’il y a toutes ces pages qui n’attendent que nous. Ecrire en grand. Pour de vrai. Normal que tu es la tremblote. Mais je crois André Gorz a raison il faut se lancer et s’oublier. Tu as de l’or sous les doigts et tu vas y arriver. Ca prendra le temps qu’il faudra. Mais lance-toi, je t’assure que tu peux voler. Je t’embrasse.

  2. Ce livre, je suis sûre que tu l’écriras : tu as trop d’envie pour que ça n’aboutisse à rien. Et il vaudra le coup, c’est sûr. Mais ne te mets pas trop la pression. Les dates, les délais, ça ne veut pas dire grand chose quand il s’agit d’un livre de coeur, non ?

Laisser un commentaire