Le blog de Victoire


2/06/'13

avec la rage d’un mercenaire sous crack,

 

Il n’était pas six heures du matin quand je suis montée sur la mezzanine voir comment se portaient les quatre chatons nés de la chatte qui porte un nom de garçon hier après-midi, et cette manière qu’elle avait de ne pas vouloir qu’on s’en aille, de venir nous tirer jusqu’au plus près d’elle pour l’accompagner dans cet événement qu’elle ne comprenait tout à fait, au début, je crois. J’ai choisi celui qui ronronnera sous ma verrière; il est tricolore et portera un nom de constellation. Il n’était pas huit heures du matin quand j’ai assisté de près de tout près à un duel entre loup & renard. Le soleil était déjà là, vif et éblouissant, j’étais debout dans l’herbe, pieds et pantalon de pyjama trempés. Il n’était pas dix heures du soir lorsque j’ai capturé les trois minutes chronométrées de ciel rose vraiment rose reflété dans l’étang en conséquence rose, vraiment rose. Dans la petite maison de bois accrochée aux briques blanches, des oisillons piaillent tant qu’ils le peuvent, de futures mésanges aux plumes déjà bien accrochées. Dans ma campagne, semblerait-il, on s’envole ou on s’en vient; c’est l’un ou l’autre, il faut choisir. Sauve qui peut la vie.

La semaine a démarré sur un concentré d’été; un vrai, qui réunit tout d’un même tenant : le verre de rosé, la double dose de crèmes glacées, les courses en petite culotte, les coups de soleil et les taches de rousseur, les confidences au bord de l’eau, le rire à en avoir mal au ventre. Je suis un petit peu ivre quand je reçois cet extrait de texte par courriel de la part de I., celui qui dit Je ne suis pas guerrière, je ne risque pas ma peau. Je risque ce qu’il y a sous ma peau. Au plus profond de moi, et je tremble un petit peu de ces mots qui disent à ma place ce que je ne parvenais pas à formuler. Tous les matins, avant de me mettre à travailler, j’écoute Bullets très, très fort, l’hymne à l’haut-les-coeurs, je l’appelle, en aspirant au moment où j’écouterai cette même chanson sur l’autoroute des vacances. A six heures du matin, mercredi, je me lève lorsqu’il se glisse entre ses draps. J’ose lui glisser tout bas que c’est souvent à la croisée des chemins que tout remonte. En fin de journée, S. arrive en surprise à ma campagne; je me brosse les cheveux en triple vitesse et tente de me rendre un peu plus présentable, on se raconte nos vies pendant une demi-heure et il repart plus léger, je pense, en me laissant plus légère aussi (et ça, j’en suis certaine). La semaine se termine déjà bientôt et avec elle, l’appréhension des examens qui approchent. Ma mère a pris rendez-vous pour moi pour un massage, un long, d’une heure, avec des gestes sur ma peau tantôt marqués, tantôt effleurés, qui m’électrisent un petit peu. J’embaume encore les huiles essentielles quand je retrouve D. au milieu du village, sous l’unique rayon de soleil de la journée. En discutant de cette manière que j’ai de ne ressembler à aucun des membres de ma famille, j’esquisse un je ne sais pas la fille de qui je suis mais à quoi il répond, sans réfléchir, la fille des étoiles? Vendredi, journée des guichets fermés dans mon imprévisible 2013. J’ai à nouveau la nausée, il m’envoie t’as le mal de mer? et je me demande, sans toutefois le questionner, comment il a deviné. Il n’est pas le seul, ce jour là, à me sentir de loin : un courriel de Montréal en Times New Roman bleu marine de mon ami écrivain qui termine par un A moi maintenant de t’accompagner dans tes études, au plus près, et je commence drette là, Soie, l’appel de L. pour me tirer me tirer au plus haut, la tendresse immense d’I., les messages quotidien de G., P. qui comprend toujours tout, D. qui n’en peut plus d’attendre son bébé, le blizzard dans ma boîte aux lettres. Je réalise en me glissant dans mes draps le soir que je peux bien me planter, tant qu’il y aura ces gens-là, quelque part, pour m’empêcher de tomber. Je regarde en boucle cette vidéo de ce petit belge qui était en classe avec mon grand-frère, et je frissonne de la tête aux pieds; ce n’est pas tant ce qu’il raconte mais la manière dont il l’exprime, son interprétation de la fragilité éméchée qui laisse tout se dévoiler, AH! Formidable, faut-il le dire. J’explique à ma mère que je me trouve bien chanceuse d’être, c’est le mot que j’ai employé, exaltée. Exaltée en permanence par des mélodies, des textes, des images, exaltées à répéter mais c’est fou c’est fou c’est fou et à me les repasser en boucle jusqu’à en être écoeurée. Mes cousins et mes cousines me rendent souvent visite, c’est l’avantage de ce village qui abrite tout un pan de ma famille; alors ils arrivent, avec dans les bras une salade de fruit, une bouteille de vin, un panier en osier pour abriter les chatons.

Je confiais ce matin à la voix encore toute grave de cendres de D. que la vie me brûle, ces temps-ci, me brûle terriblement. Je me sens vivante à en avoir mal aux côtes. Triste ou élevée, oui, à la folie et jamais à moitié. Ces paroles, envoyées l’autre jour, à la fois brutes, à la fois pures, à la fois laxistes, à la fois dures, à la fois hautes, à la fois basses, à la fois douces et à la voix rauque, bienvenue chez moi raconte bien mieux que je ne saurais le faire. Je repense à cette pièce d’Anouilh dans laquelle j’avais joué quand j’avais dix-huit ans, dans laquelle j’avais dû crier, éplorée, je joue avec le feu et le feu ne veut même pas me brûler. Depuis quelques temps on dirait qu’il a changé d’avis, le feu, et c’est sans doute parce que je le veux bien. Aujourd’hui, dimanche, c’est la veille du marathon. Mon imprévisible 2013 indique que c’est la journée des chemins tout tracés. J’ai étudié calmement, au soleil, me suis offert un rocher à la myrtille qui m’a donné le sentiment de croquer dans un morceau d’améthyste. Demain je porterai au creux du cou le parfum Jeanne et sur mes épaules la robe à voie lactée, parce que si tout est lié, là-haut, on n’a plus qu’à espérer très fort que ça va fonctionner.

 


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2 commentaires pour “avec la rage d’un mercenaire sous crack,”

  1. Ce que j’aime dans tes mots, c’est que j’y retrouve toute l’agitation qu’il y a dans ma tête mais la sérénité qui me manque, et ça fait du bien.

  2. Que la tempête qui s’annonce soit la plus douce possible à vivre.
    Du courage et des baisers*.

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