Le blog de Victoire


27/05/'13

le mal de mer

Comme à peu près chaque après-midi depuis quelques temps, je discutais hier avec mon ami G., exilé pour résidence provisoire quelque part en Lituanie. Je lui confiais ce drôle d’état dans lequel je me trouve en ce moment, le coeur, le ventre et l’âme retournés; cette perpétuelle sensation nauséeuse, de ne pas savoir sur quel pied danser, sur quel sol dénicher ma stabilité. Il m’a alors posé cette question : entre deux moments de vie, Victoire? J’ai répondu sans doute, oui, dans un tournant qui me donne un peu le mal de mer. Ce n’est qu’en lui écrivant que le fait s’est enfin mis en lumière. C’était pourtant évident ! Ce mécanisme enclenché en septembre dernier lorsque j’ai posé mes valises seule de l’autre côté de l’Atlantique. Je desserrais ce jour là les premières brides. Depuis, oui, je décroche petit à petit les pressions d’un chemisier rassurant; celui de l’enfance, d’une certaine sécurité. Je laisse filer les décisions prises à ma place, la certitude pour demain. Je quitte bientôt les bancs de l’université, j’emménage à la fin de l’été dans un endroit qui n’appartiendra qu’à moi, je me mets déjà en quête d’un avenir professionnel qui voudra bien de ce que j’ai à offrir, je porte ceux qui me portaient avant, je pense au livre que j’écrirai cet été, je laisse mon coeur vibrer sans résonance assurée de l’autre côté, voilà. J’ai le vertige, la tourniole, le mal du transport. Je pensais être déjà grande depuis longtemps, depuis toute petite, finalement, pour avoir toisé tour à tour et souvent la vie à mort et la mort à vie, quelques drames et bien des ivresses, le reste encore. Mais non. Le processus fait le bruit lancinant d’un ballon à l’hélium qui se vide de son air; à moi pour l’heure d’en gonfler un neuf, un doré, de mon propre souffle sinon rien.

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4 commentaires pour “le mal de mer”

  1. Les périodes de transition ressemblent toujours un peu à des tempêtes. [Et c’est bien d’avoir « l’intelligence » de se sentir nauséeuse mais pas forcément inquiète. Tout retrouvera sa place. Il faut juste un peu de temps.]

  2. [Et cette intelligence, assurément tu l’as. C’est ça que je voulais dire.]

  3. C’est fou, ce tourbillon de vie, celui de nos 25 ans tout juste, comme il remue, nous ouvre et nous enferme à la fois.
    Souvent, je m’étonne que personne n’ait pensé à me prévenir, de cette tempête là.
    Ni grande, ni enfant, ou peut-être les deux à la fois. Nos cœurs tremblants, le regard ouvert sur le monde à l’infini.
    Je pense à toi et t’embrasse*

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