Le blog de Victoire


12/05/'13

Là où je vivrai

 

Cette moitié d’année s’en est allée comme un mirage et me voici déjà presque arrivée à la période de l’apnée. Je profite tant que je peux des derniers jours avant les pages et les pages à tatouer sous les paupières et à réciter, les yeux clos pour ne pas trahir ma peur, aux examens oraux. Cette semaine, il y a eu notre dialogue avec ma L. de nuit pour moi au plat pays, de jour pour elle en Arkansas. J’entendais les oiseaux chanter de son côté du monde. Il y a eu le ressac qui n’a rien pu contre ces instants-là, le dîner avec cette dame qui s’est tant occupée de moi quand j’étais enfant, et qui me rappelait ce soir là toutes les histoires que j’écrivais déjà à six ou sept ans et que j’aimais à lui lire, tous les jours, presque solennellement. Il y a eu des roses roses qui ne fanent pas, un thé au soleil avec ma P., l’appel rassurant de mon maître de mémoire et la fierté de ma mère, la brocante quartier Saint-Boniface et le dé à coudre au fond de ma poche, un rendez-vous presque rituel avec deux demoiselles, le verre de vin blanc au milieu de la librairie fermée et le parfum des pages mêlé à celui de son cou, la fête dans ce bar qui s’appelle le tigre et les copines ivres, le chat qui nous a suivi dans la rue sur plusieurs mètres et le petit-déjeuner à 2h du matin composé de corn-flakes et de thé avec T., il y a eu un brunch gargantuesque et les retrouvailles avec mon cher ami L., nos éclats de rire à en avoir mal au ventre et ce dîner que nous avons pris tous les deux au restaurant japonais en commandant toutes les entrées, s’il vous plait, et au serveur de demander, en souriant, si nous désirions toutes les boissons, aussi. Il y a eu le livre offert par mon voisin italien parce que tu es la voisine de l’année avec son accent qui sent les vacances, avec la page 319 cornée parce qu’il s’agit là de son passage préféré. Il y a eu beaucoup de dialogues avec mon amie P., et ces moments où nos vies respectives entrent tellement en résonance qu’on en oublie un instant de respirer, les doubles initiales, la liberté et le reste; c’est fou cette vie où on récite un même poème, c’est fou ce poème où on récite une même vie.

Il y a eu, cette fin de semaine, les clefs de mon futur appartement provisoirement en ma possession. J’y suis allée vendredi, samedi, dimanche. J’ai redécouvert l’endroit, ouvert chacun des tiroirs, regardé beaucoup la teinte qu’avait le ciel à travers ma verrière, je me suis allongée sur le plancher. J’ai présenté mon nid à P., C. et D., pièces par pièces, tout doucement, en précisant qu’il y aurait le piano à queue là, la bibliothèque là, le lit ici. En exigeant une étreinte dans chacune des pièces, aussi. Je me suis imaginée vivre là, dans ce grand espace vide de toute histoire, et me suis trouvée étourdie de joie à l’idée de dessiner de bout en bout le vécu de ces murs là.

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Un commentaire pour “Là où je vivrai”

  1. Cet appartement a l’air fantastique.

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