Le blog de Victoire


5/04/'13

Inch’allah

Inch’allah, comme ces nuits aux rêves qui veulent tout et ne veulent rien dire d’un même tenant, comme ces deux courriers du Canada arrivés la même semaine, comme cette chanson qui tourne en boucle et répète avec l’accent québécois tu fais rien que casser des miroirs pis tu mets des clous dans tes souliers ta bonne étoile c’t’un gros trou noir au bout d’un appât,

Inch’allah comme le courriel de mon ami écrivain signé un grand-père inquiet moi qui ai toujours rêvé d’avoir un grand-père inquiet, comme le belle journée petite fleure, fleur avec un e pour attirer le printemps avec coquetterie, comme la bataille des livres pour enfants, comme l’ophtalmologue qui me parle davantage de mon regard que de mes yeux,

Inch’allah comme mes tulipes sur le pas de la porte de ma voisine de palier pour son anniversaire, et comme, une heure plus tard, l’arrivée à l’improviste d’E. devant ma porte avec un jus de fraises to make my day, parce qu’on appelle ça le karma n’est ce pas, comme cette affiche 88 constellations que j’ai réussi à obtenir de ce théâtre collé à mon futur chez moi qui ne sera peut-être pas mon futur chez moi, finalement, comme le thé Eros au goût si, oh, délicat,

Inch’allah comme cette soirée qui semble s’être déroulée d’un seul trait, continu et évident, le vin rouge dans nos gorges la moto à grande vitesse dans la nuit noire le concert le guitariste en chaussettes rayées et le second groupe de barbus mes yeux fermés nos yeux ouverts la moto à grande vitesse le restaurant indien qui ne paye pas de mine mais le tikka masala meilleur que tous ceux que j’ai pu goûter à Mumbai il y a dix vies la moto à grande vitesse et l’insomnie,

Inch’allah au cinéma seule, ce soir, et les larmes lourdes comme des pierres sur mes joues dans le noir, me dépêcher de sortir de la salle puis du cinéma puis de ma voiture, croiser la dame aux cheveux blancs dans le hall d’entrée et faire en même temps qu’elle cet acte que je réitère chaque fois que je rentre chez moi quelque soit l’heure quelque soit la probabilité de : je plisse les yeux et regarde dans ma boîte aux lettres. Elle aussi, donc, et elle soupire, et je soupire, et elle dit avec son accent très anglais « pas de lettre d’amour, hein? ».

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3 commentaires pour “Inch’allah”

  1. Tu es belle jusque dans tes mots.
    (et les « larmes lourdes comme des pierres », le saisissement quand j’ai lu ça ! et puis je me suis demandé quelles pierres ont la couleur des larmes ; déjà le diamant, au moins le diamant, c’est déjà pas mal 🙂 )

  2. Il y a un petit goût d’Amélie Poulain dans tes mots. Les petits bonheurs du quotidien, il faut avoir un regard particulier pour les voir, une plume extraordinaire pour savoir les retranscrire comme tu le fais.

  3. Et quel est ce film qui engendre de si jolies larmes ? Si c’est ça, je crois que j’ai envie de pleurer moi aussi…

    Belle semaine.

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